La peur de l’inconnu est l’un des troubles anxieux les plus courants chez l’être humain. C’est ce que les psychologues appellent « l’intolérance à l’incertitude ». Elle désigne « la difficulté à accepter le fait qu’il n’est pas complètement impossible qu’un événement négatif puisse se produire malgré sa faible probabilité ». L’être humain a parfois tendance à éprouver de la crainte face à une situation ou à un objet sur lequel il manque d’informations. Cela semble être le cas avec le développement de certains produits issus des biotechnologies modernes, tels que les Organismes génétiquement modifiés (Ogm). Celui-ci a suscité des débats intenses à travers le monde. Mais, ceux-ci ont au moins le mérite de mettre en lumière l’important fossé qui existe entre le monde scientifique et les communautés, car malgré les assurances de grands chercheurs et d’institutions de renom quant à la faiblesse des risques, les produits Ogm restent associés à des enjeux très complexes. Cet état de fait a ceci d’intéressant : les citoyens sont devenus plus regardants, remettant parfois même en question des évidences scientifiques.
Des événements comme le scandale du sang contaminé en France, la maladie de la « vache folle » ou, plus récemment, la pandémie de Covid-19 ont, peut-être, contribué à fragiliser la confiance entre le public et le monde scientifique. Aux États-Unis, a constaté le Centre de recherche Pew, « la proportion de personnes confiantes que les scientifiques agissent dans l’intérêt du public a diminué de 87 % en 2020 à 73 % en 2023 ». Toutefois, à l’échelle mondiale, la confiance dans la science demeure relativement stable. Une vaste étude, publiée dans Nature en 2025 et portant sur 68 pays, conclut à une moyenne de 3,62 sur une échelle de 1 à 5. Cependant, si l’on se fie à cette étude, le niveau de confiance en France s’établit légèrement au-dessous de la moyenne, avec un score de 3,43. Ces statistiques montrent que la confiance du public dans la science tend à s’éroder. Or, lorsque celle-ci vacille, les fondements d’une politique mondiale cohérente s’en trouvent affaiblis. Mathieu Denis, ancien directeur principal et chef du groupe de réflexion Isc du Centre pour l’avenir des sciences, ne disait-il pas que « la science est l’un des derniers langages de la diplomatie mondiale » ? Elle devrait donc, normalement, pouvoir éclairer les décisions politiques. C’est peut-être la raison pour laquelle le gouvernement s’est appuyé sur les recommandations de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (Ansts) pour adopter la loi n° 2022-20 de juin 2022 portant sur la biosécurité au Sénégal, laquelle autorise les Ogm.
Néanmoins, il ne s’agit pas d’avoir une confiance aveugle dans la science. Le gouvernement du Sénégal doit encadrer ce « basculement » afin de minimiser les éventuels impacts négatifs. Le rapport de l’Ansts est clair : « si les Ogm ne présentent pas de risques pour la santé humaine et animale, les risques pour la biodiversité agricole et pour l’environnement pourraient être très importants ». En outre, les autorités doivent également veiller au respect de l’éthique dans l’usage de ces Ogm. La modification directe du patrimoine génétique est souvent perçue comme une transgression de l’ordre divin. Que serait le monde si le piment n’était plus piquant, mais sucré ? Si la science cédait aux caprices de chaque femme qui souhaiterait avoir un enfant aux yeux bleus ?
Image d’illustration générée par l’IA


