En 2022, une nouvelle loi sur la biosécurité a été adoptée et promulguée afin de prendre en compte les évolutions scientifiques et les nouvelles exigences en matière de biosécurité. Pour certains, ce texte traduit l’influence d’un lobby favorable aux Organismes génétiquement modifiés (Ogm), désireux d’élargir ses marchés en Afrique. D’autres mettent en garde contre d’éventuels risques sanitaires et environnementaux. Dans cet entretien, le directeur exécutif de l’Autorité nationale de biosécurité (Anb) apporte des éléments de réponse et revient sur les missions de son institution.
Quelle est la mission assignée à la structure que vous dirigez ?
Notre mission découle du Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques, que le Sénégal a ratifié en 2003, ainsi que de la Convention sur la diversité biologique, adoptée en 1994. C’est dans ce cadre que l’Autorité nationale de biosécurité (Anb) a été créée comme structure technique du ministère de l’Environnement et de la Transition écologique.
Notre rôle est de réguler l’utilisation des biotechnologies modernes et de leurs produits. Lorsque l’on parle de biotechnologies modernes, beaucoup pensent immédiatement aux Organismes génétiquement modifiés. Pourtant, les Ogm ne représentent qu’une des nombreuses applications de ces biotechnologies. Ainsi, toute personne souhaitant utiliser des biotechnologies modernes, que ce soit dans un laboratoire de recherche, dans une serre ou dans le cadre d’expérimentations en plein champ, doit préalablement obtenir une autorisation de l’Anb. Avant de délivrer cette autorisation, nous procédons à une évaluation approfondie du dossier afin d’apprécier les risques potentiels.
Le débat autour des Ogm est particulièrement vif. Certains estiment qu’ils représentent une menace pour la biodiversité et la santé humaine. Quels sont, selon vous, leurs avantages et leurs risques ?
Certaines personnes pensent que nous faisons la promotion des Ogm. Ce n’est pourtant pas notre rôle. Notre mission consiste à les encadrer, au même titre que l’ensemble des biotechnologies modernes. Mais, réguler suppose aussi d’informer et d’expliquer. C’est ce que nous faisons lors de nos différentes rencontres. Les biotechnologies modernes présentent un certain nombre d’avantages. Chaque pays cherche à répondre à ses propres contraintes. Prenons l’exemple de la salinité des sols. Certaines plantes sont naturellement capables de pousser sur des sols salés, alors que d’autres, comme le mil ou l’arachide, ne le sont pas. Les biotechnologies permettent d’identifier les gènes responsables de cette résistance au sel et de les intégrer au patrimoine génétique du mil ou de l’arachide. Ces cultures acquièrent ainsi cette caractéristique et peuvent être cultivées sur des sols auparavant inadaptés. Le même principe peut être appliqué à la résistance à la sécheresse. Certaines espèces possèdent naturellement des gènes leur permettant de survivre dans des environnements très arides. Ces caractères peuvent être transférés à d’autres plantes en vue d’améliorer leur tolérance au manque d’eau. C’est cela que l’on appelle une plante génétiquement modifiée. S’agissant des risques, ils peuvent concerner l’environnement ainsi que la santé humaine et animale. Sur le plan environnemental, il existe, par exemple, un risque de transfert de gènes entre une plante génétiquement modifiée et une plante compatible située à proximité. Ce, par l’intermédiaire du pollen. Certains craignent également que le développement des Ogm conduise progressivement à une disparition des semences paysannes avec des conséquences sur la biodiversité. Ces préoccupations sont prises très au sérieux. Avant toute autorisation, un ensemble très strict de règles et d’évaluations doit être respecté. C’est pourquoi, même si des risques existent, ils sont considérés comme très faibles lorsqu’un dispositif réglementaire rigoureux est appliqué. Par ailleurs, si nous constatons, lors des contrôles effectués sur le terrain, que les conditions d’autorisation ne sont pas respectées, celle-ci peut être suspendue ou retirée. Concernant la santé humaine, un Ogm ne peut être commercialisé qu’après de nombreuses évaluations portant notamment sur son allergénicité, sa toxicité, sa composition nutritionnelle ainsi que sa comparaison avec l’organisme conventionnel dont il est issu. Ces analyses permettent de vérifier qu’aucune substance nouvelle susceptible d’avoir un impact sur la santé humaine ou animale n’est produite.
Peut-on en conclure que les réticences de la population sont infondées ?
Les réticences sont compréhensibles. Face à une technologie nouvelle, il est normal que des interrogations apparaissent. C’est d’ailleurs tout le sens du principe de précaution. Notre rôle consiste précisément à apporter des informations fondées sur les connaissances scientifiques, afin que chacun puisse se forger une opinion éclairée.
Plusieurs années après l’adoption de la loi sur la biosécurité, son décret d’application n’a toujours pas été signé. Pourquoi est-il si important ?
La loi a été adoptée en 2009, puis révisée en 2022. Cependant, son décret d’application n’a toujours pas été signé. Aujourd’hui, nous pouvons mener des activités de sensibilisation, d’information et de communication. En revanche, plusieurs aspects opérationnels de notre mission restent limités tant que ce décret n’est pas en vigueur. Sa signature nous permettrait de mettre pleinement en œuvre les dispositions prévues par la loi et d’accompagner concrètement les chercheurs dans l’utilisation des biotechnologies modernes afin d’apporter des réponses à des défis majeurs auxquels le Sénégal est confronté, à savoir la salinité des sols, la sécheresse ou encore certaines maladies affectant les cultures.

