À Amarasta et Shalazile, deux quartiers informels de Johannesburg, des panneaux solaires et des batteries changent progressivement le rapport des habitants à l’électricité. À travers la société City Power, la municipalité développe des micro-réseaux pour produire, stocker et distribuer de l’électricité au plus près des endroits défavorisés.
ohannesburg – À l’approche d’Amarasta, le décor change. Les maisons en dur cèdent la place aux habitations précaires faites de tôles, de bois et de matériaux de récupération.
Dans ce paysage, une installation attire immédiatement le regard : des panneaux solaires alignés au milieu du quartier informel. Le projet repose sur un micro-réseau solaire de 500 kW destiné à alimenter jusqu’à 200 ménages.
« Les panneaux captent l’énergie du soleil. Celle-ci est acheminée vers les équipements de conversion avant d’être transformée en courant alternatif utilisable dans les habitations. Une partie est stockée dans les batteries pour être disponible lorsque le soleil disparaît », explique Thabiso Mabone, responsable principal de la transition énergétique juste à City Power.
Devant des députés, des maires, des acteurs de la société civile et des journalistes du Sénégal, M. Mabone présentait le dispositif à une délégation conduite par le Centre de recherches et d’actions pour les droits économiques, sociaux et culturels (Cradesc) et la Fondation africaine pour le climat (Acf), dans le cadre d’un échange d’expériences sur le Partenariat pour une transition énergétique juste (Jetp).
L’intérêt du dispositif ne se limite pas à la technologie. Il apporte une réponse aux branchements clandestins, fréquents dans les établissements informels, et permet aux habitants d’accéder à une électricité plus sûre et légale.
Devant sa maison aux murs gravés d’images de Bob Marley ou de Marcus Garvey, Andile Magwenqane, résident d’Amarasta, se souvient des difficultés du quartier avant l’installation du micro-réseau.
« Nous sommes tellement heureux d’avoir maintenant de l’électricité sans branchements illégaux », témoigne-t-il.
Il y a quelques années, des branchements clandestins avaient occasionné des incendies mortels.
À quelques kilomètres, Shalazile présente un visage similaire. Là aussi, les panneaux solaires occupent une place centrale.
Le micro-réseau doit fournir de l’électricité à 273 ménages, grâce à une combinaison de production solaire, de stockage par batteries et de connexion au réseau principal.
L’expérience illustre surtout l’évolution du rôle de la municipalité dans le secteur électrique. Johannesburg dispose de City Power, une entité municipale chargée particulièrement de l’approvisionnement et de la distribution de l’électricité.
La ville ambitionne désormais d’élargir son intervention.
« Nous envisageons d’étendre l’activité électrique vers une véritable activité énergétique », explique Dada Morero, maire de Johannesburg.
Il évoque des investissements dans les énergies renouvelables, le stockage et la mobilité électrique.
« L’objectif est également de réinvestir les revenus issus des services énergétiques dans les réseaux et les infrastructures », ajoute-t-il.
À travers ces projets, Johannesburg cherche ainsi à rapprocher la production des consommateurs tout en faisant de l’énergie un levier de développement économique local.
L’adaptation du modèle souhaitée au Sénégal
Présent à Johannesburg, Assane Ndiaye, maire de Taïba Ndiaye, dans le département de Tivaouane, estime que l’expérience sud-africaine montre que les collectivités locales peuvent jouer un rôle beaucoup plus important dans la transition énergétique.
Le défi, selon lui, est de déterminer comment l’adapter aux réalités sénégalaises. Les communes doivent être davantage associées aux projets énergétiques implantés sur leurs territoires et bénéficier de leurs retombées économiques.
L’édile cite l’exemple de Taïba Ndiaye où 40 % du budget communal provient de la taxe payée par une centrale éolienne.
« Les infrastructures énergétiques ne doivent pas seulement produire de l’électricité pour le réseau national. Elles doivent également contribuer au développement économique et social des territoires qui les accueillent », dit-il.
Pour M. Ndiaye, le Sénégal peut donc s’inspirer de l’expérience sud-africaine, à condition de l’adapter à son propre contexte.
« Il faut construire un modèle gagnant-gagnant entre l’État, les opérateurs, les communes et les populations », plaide le maire.
De notre Envoyé spécial en Afrique du Sud, Babacar Guèye DIOP

