Devenu producteur de gaz depuis décembre 2024, le Sénégal doit désormais concilier l’exploitation des hydrocarbures et l’accélération des énergies renouvelables. À Johannesburg, trois acteurs confrontent leurs visions sur cette équation au cœur du Partenariat pour une transition énergétique juste (Jetp).
Le Sénégal est entré dans une nouvelle phase de son histoire énergétique avec le démarrage, fin décembre 2024, de la production de gaz sur le champ offshore Grand Tortue Ahmeyim (Gta), partagé avec la Mauritanie. Interrogés à Johannesburg, en marge de la réunion d’échange d’expériences entre l’Afrique du Sud et le Sénégal, organisée du 17 au 19 août 2026, trois acteurs ont décliné leurs visions.
Pour Yakhya Badiane, conseiller technique au ministère de l’Énergie du Pétrole et des Mines, cette nouvelle ressource doit rester un outil de transition. « Le gaz est considéré comme énergie de transition aussi longtemps que nécessaire », affirme-t-il. Une vision que nuance Élimane Haby Kane, sociologue et président fondateur du think tank Legs-Africa. « Le gaz est une énergie polluante autant que les autres énergies fossiles », rappelle-t-il. Cependant, il reconnait que son utilisation relève d’un choix stratégique pour le Sénégal. Entre ces deux positions, Youssouf Ndiaye, membre du Conseil patronal pour les énergies renouvelables (Coperes), voit une possibilité de conciliation. « Oui, nous pouvons concilier les deux opportunités pour l’atténuation », estime-t-il, en référence au gaz et aux énergies renouvelables.
Le débat est donc posé : comment profiter des ressources gazières sans ralentir la marche vers un système énergétique davantage fondé sur les renouvelables ? Selon M. Badiane, le gaz peut justement faciliter cette évolution. « Le gaz et les énergies renouvelables ne sont pas antinomiques », soutient-il. D’après lui, les centrales à gaz doivent notamment permettre de compenser l’intermittence du solaire et de l’éolien et d’assurer la stabilité du réseau. Le Sénégal, dit-il, travaille ainsi sur des infrastructures « modulaires et convertibles » dans le cadre de la stratégie « Gas-to-Power ». Cette approche ne rassure pas totalement Élimane Haby Kane. Il redoute que le développement du bassin pétrolier et gazier ne fasse du pétrole et du gaz « un levier économique central, avec le risque d’installer le pays dans un cercle de dépendance ».
Maîtrise technologique
Pour éviter ce scénario, M. Kane propose d’utiliser les revenus des hydrocarbures pour « financer la recherche-développement et accélérer les investissements dans le solaire, l’éolien, l’hydroélectricité, l’hydrogène ou encore le nucléaire civil ». Youssouf Ndiaye défend une orientation similaire. Les concertations nationales sur le partage des revenus du pétrole et du gaz, rappelle-t-il, avaient prévu d’affecter une partie de ces ressources au développement des énergies renouvelables. Mais, il estime que l’argent ne suffira pas. Selon lui, « l’avenir est conditionné à un concours financier massif et au transfert des technologies ».
La maîtrise technologique apparait ainsi comme l’un des points de convergence. Pour le membre du Coperes, « promouvoir le développement des énergies renouvelables passe obligatoirement par la maîtrise des technologies ». Il appelle également à un cadre réglementaire et fiscal plus favorable afin d’attirer les financements nécessaires aux projets renouvelables.
Les conditions pour réussir une transition énergétique juste
La réussite d’un Partenariat pour une transition énergétique juste (Jetp) requiert un certain nombre de conditions. Pour Élimane Haby Kane, président fondateur du think tank Legs-Africa, il est important de veiller à la conformité aux engagements climatiques et du Jetp. Ce militant de la société civile sénégalaise plaide pour davantage de transparence sur les projets, le respect du plan d’investissement et une implication accrue de la société civile, du secteur privé et des collectivités territoriales. En effet, l’État défend, lui, une montée en puissance progressive des énergies renouvelables. Selon Yakhya Badiane, la stratégie énergétique nationale fixe des seuils d’absorption de la production thermique par le réseau, afin que le recours au gaz puisse évoluer avec l’augmentation des capacités renouvelables et de stockage.
De notre Envoyé spécial à Johannesburg, Babacar Guèye DIOP


