Aux Parcelles assainies, la chaleur est devenue un sujet de conversation quotidien. Entre les arbres qui disparaissent, le béton qui gagne du terrain et les eaux usées qui stagnent dans certaines rues, les habitants décrivent un quartier où l’ombre se fait de plus en plus rare, alors que la Journée nationale de l’arbre est célébrée ce dimanche à Nioro.
Aux Parcelles assainies, sur les ruelles, les rares passants accélèrent le pas pour rejoindre une façade ombragée ou un arbre solitaire. Ce mardi 4 août 2026, il fait plus de 30 degrés dans l’une des plus grandes agglomérations du département de Dakar. À 12h, la grisaille a disparu pour laisser la place au soleil, et les refuges deviennent difficiles à trouver.
Dans plusieurs concessions, les arbres se comptent désormais sur les doigts d’une main. Là où des manguiers, des filaos, des badamiers ou des cocotiers procuraient autrefois de la fraîcheur, s’élèvent aujourd’hui des murs en béton, des extensions de maisons ou de simples garages. Le paysage s’est minéralisé au fil des années.
« Avant, les enfants jouaient sous les arbres. Aujourd’hui, ils restent enfermés parce qu’il fait trop chaud », se plaint Moussa Guèye, un habitant installé depuis plus de 20 à l’Unité 9 des Parcelles assainies. Pour M. Guèye, Dakar perd progressivement son couvert végétal sans que personne ne semble s’en inquiéter.
À l’Unité 15, les eaux usées ruissellent le long de la chaussée. Elles stagnent parfois devant les habitations, dégageant des odeurs qui deviennent plus fortes sous l’effet de la chaleur. Les populations expliquent que l’absence d’arbres aggrave encore cette sensation d’étouffement.
« Quand il y avait plus de verdure, la chaleur était supportable. Aujourd’hui, le béton renvoie toute la chaleur », déplore Amina Thioune, une mère de famille faisant la lessive devant sa modeste demeure.
À côté, sous un maigre arbre, quelques hommes cherchent un peu d’ombre. Ils observent les immeubles qui remplacent progressivement les espaces libres. « Chaque fois qu’une maison est construite, c’est souvent un arbre qui disparaît. On construit, mais on ne replante pas », regrette Pathé Bâ qui joue en même temps au damier.
Le constat revient dans presque toutes les conversations. Les habitants disent comprendre les besoins de logement, mais s’interrogent sur l’absence d’équilibre entre urbanisation et préservation des arbres.
« On ne peut pas vivre uniquement avec du ciment », lance l’ancien pêcheur Amsatou Mané, tout en essuyant la sueur qui coule sur son front.
Pour de nombreux riverains, cette transformation modifie aussi les habitudes de vie. Les rencontres de voisinage deviennent plus rares en journée. Ainsi, plusieurs enfants attendent la tombée de la nuit pour sortir. Quant aux personnes âgées, elles restent confinées à l’intérieur des maisons.
« Avant, on passait du temps dehors. Maintenant, à midi, personne ne peut rester sous le soleil», s’alarme Ndèye Sène, ménagère.
Dans ce quartier en pleine densification, plusieurs habitants plaident pour un vaste programme de reboisement urbain. Ils souhaitent que chaque nouvelle construction s’accompagne de plantations et que les espaces publics retrouvent des arbres capables d’offrir de l’ombre.
1,4 million de plants réalisés en 2025 à Dakar
À Dakar, l’arbre tente de résister face à l’avancée du béton. La campagne nationale de reboisement 2025 a enregistré des résultats importants dans la région, selon le bilan de la Direction des Eaux et forêts, chasse et de la conservation des sols (Defccs).
« La capitale a produit 1.402.969 plants à travers 56 pépinières sur un objectif fixé à 1.530.000 plants, soit un taux de réalisation de 91,70 % », décline le rapport.
Dans le détail, Dakar a réalisé 17,98 hectares de plantations massives avec 7.430 plants mis en terre. Ces opérations ont concerné plusieurs sites destinés à renforcer la couverture végétale de la capitale.
À cela s’ajoutent 19,93 kilomètres de plantations linéaires, correspondant à 7.696 plants installés le long des axes routiers, dans les alignements urbains, les haies vives ou encore les brise-vent.
« L’arbre en ville joue un rôle essentiel dans la lutte contre les effets du changement climatique. Il contribue à réduire les températures, à améliorer la qualité de l’air et à offrir des espaces plus agréables aux populations », expliquent les acteurs du secteur forestier.
La restauration des espaces dégradés constitue également un axe majeur. Dakar affiche 40,14 hectares restaurés ou réhabilités, avec 17.520 plants, principalement dans des opérations d’enrichissement végétal.
Pour les Eaux et forêts, cette approche permet de « renforcer les espaces existants et de préserver les derniers îlots verts de la région ».
B. G. DIOP

