Entre deux punchlines et un arrosage citoyen, Mouhamadou Soumboudou, alias « Guelwar », réveille la Casamance. Pan de vie d’un artiste de 29 ans qui a troqué le micro pour la pelle, avec une mission claire : transformer la colère sociale en poumon vert.
Une fatalité à Kolda, c’est un adversaire. Et face à elle, un homme se tient debout, longiligne, le sourire aussi franc que ses textes tranchants. Mouhamadou Soumboudou, que tout le Fouladou appelle « Guelwar », n’est pas un rappeur comme les autres.
S’il domine la scène musicale locale, c’est sur le terrain de l’écologie qu’il livre aujourd’hui sa plus grande bataille. « Il faut changer le système, pas le climat ». Le slogan, scandé comme un refrain, porte l’ambition d’Urgence-Écologie, l’association qu’il pilote avec une énergie contagieuse. Pour « Guélé », l’écologie n’est pas un luxe de citadin, c’est une question de survie.
Face à la coupe abusive de bois qui saigne la région, il a lancé l’offensive : la caravane régionale « P2-O2 ». Le concept ? « Une personne, une plante. » Simple, radical, vital. « La canicule gagne du terrain, et le trafic de bois nous vole notre avenir », confie-t-il, l’œil noirci par la détermination.
Ses armes ? Des milliers d’arbres plantés dans les moindres ruelles de Kolda, transformant le béton poussiéreux en oasis d’oxygène.
Du « Gentle arrosage » à l’« Ecojogging »
Guelwar est une bête de scène, mais son plus beau spectacle se joue à l’aube. Avec son concept de « Gentle arrosage », il mobilise la jeunesse pour entretenir les espaces verts de la mairie.
Un peu plus loin, il lance l’« Ecojogging », une randonnée pédestre où l’effort physique sert à traquer les déchets plastiques. Mais le rappeur voit plus grand que le simple nettoyage. Pour lui, l’écologie est la réponse au chômage endémique qui frappe les jeunes du Sud.
« Les emplois de l’État ne nous atteignent pas ? Créons les nôtres ! », lance-t-il.
Son projet phare : une ferme agro-écologique pour former les plus vulnérables, valoriser le fleuve Casamance et transformer le plastique en compost. Celui qui a organisé son propre Forum de l’eau à Kolda, en écho au sommet mondial de Dakar, ne compte pas s’arrêter aux frontières de sa ville.
Son rêve est d’essaimer des démembrements d’Urgence-Écologie partout au Sénégal. En attendant, Guelwar continue de rythmer le quotidien des Koldois. Entre un concert de rue électrique et une session de reboisement, il prouve que la révolution ne se fait pas seulement avec des mots, mais aussi avec des racines.
À 29 ans, Mouhamadou Soumboudou n’est plus seulement une voix : il est le souffle vert de la Casamance.
Économie verte, nouveau front de la révolution koldoise
Pour Mouhamadou Soumboudou, le constat est sans appel : la jeunesse se perd faute de perspectives, tandis que les richesses naturelles du Fouladou s’évaporent sous la pression de l’exploitation sauvage.
Face à ce déséquilibre, « Guelwar » ne se contente pas de planter des arbres ; il dessine une nouvelle architecture économique : la ferme agro-écologique, incubateur de résilience.
Le projet phare de l’association Urgence-Écologie dépasse le simple cadre du jardinage. Guelwar projette de bâtir une véritable unité de formation et de réinsertion. L’idée est de transformer les couches vulnérables en entrepreneurs de la terre.
En enseignant l’agro-écologie, il propose une alternative viable à l’agriculture chimique, coûteuse et destructrice, en misant sur des circuits courts qui nourrissent la communauté tout en générant des revenus directs.
Pour lui, l’or noir de Kolda, c’est la valorisation des déchets. Là où d’autres voient une pollution visuelle, le rappeur-écologiste voit une matière première.
À travers ses initiatives d’Ecojogging, la collecte des plastiques n’est que la première étape d’une chaîne de valeur. Guelwar prône le recyclage des déchets plastiques en compost et en matériaux utilitaires. C’est la naissance d’une économie circulaire locale : nettoyer la ville devient un métier, transformer l’ordure en engrais devient une source de profit pour les groupements de jeunes.
En outre, l’ambition de Guelwar s’étend jusqu’aux berges. Il milite pour une valorisation durable du fleuve Casamance. Loin des grands projets industriels déconnectés des réalités locales, il encourage les petits aménagements hydro-agricoles et le maraîchage raisonné.
Pour lui, le fleuve est le moteur d’une « croissance bleue » qui pourrait stabiliser les jeunes tentés par l’exode, en leur offrant des emplois verts au cœur de leur propre terroir.
« On estime qu’il faut changer le système et non le climat », martèle-t-il. Ce changement de système passe par la promotion des métiers de la ville verte : création d’espaces verts urbains, entretien paysager via le Gentle Arrosage, gestion des pépinières communautaires…
Chaque arbre planté est, dans sa vision, un futur poste de travail. En structurant Urgence-Écologie comme un réseau national, il espère industrialiser ce modèle de « green business » social à travers tout le Sénégal.
Ibrahima KANDÉ (Correspondant)

