Nommé ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Dr Aliou Gori Diouf revient sur son parcours, son engagement politique et les priorités qu’il entend porter à la tête de son département. Spécialiste reconnu des questions climatiques et du financement de l’action environnementale, il place la mobilisation des ressources au cœur de sa feuille de route.
Monsieur le ministre, pouvez-vous revenir sur votre parcours ?
Je suis né le 29 mars 1972 à Diamegueune, dans le département de Nioro. Après mes études primaires et secondaires à Nioro puis à Kaolack, j’ai intégré l’Université Gaston Berger de Saint-Louis où j’ai obtenu une maîtrise puis un Dea en géographie. Grâce à une bourse d’excellence de la Fondation Ford, j’ai poursuivi mes études à l’Université Laval, au Canada, où j’ai obtenu un doctorat en sciences géographiques. Ma carrière a ensuite été consacrée aux questions d’environnement, de changement climatique et de développement durable. J’ai travaillé dans la recherche, au Sénégal et à l’international, avant de rejoindre plusieurs organisations spécialisées dans l’adaptation au changement climatique, notamment Enda Énergie, Africa Sustainability Center et la Banque africaine de développement. Depuis plusieurs années, je suis spécialisé dans la conception de projets climatiques et la mobilisation de financements internationaux.
Comment êtes-vous entré en politique ?
Mon engagement est né des préoccupations de ma communauté. Pendant longtemps, j’ai refusé de faire de la politique, estimant qu’elle devait d’abord servir les populations. En 2016, j’ai créé une organisation de développement villageois afin de mener des actions concrètes dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’environnement et de l’économie. Cette expérience nous a notamment permis de contribuer à la résolution du problème d’électrification de notre village, resté sans courant pendant plusieurs décennies malgré sa proximité avec la ville de Nioro. Après plusieurs années d’engagement citoyen, j’ai décidé d’entrer en politique en juillet 2021. J’ai participé aux élections locales (2ème sur 6 candidats) puis aux législatives de 2022 comme tête de liste départementale de la coalition « Aar Sénégal » à Nioro.
Pouvez-vous nous présenter votre mouvement politique ?
Mon mouvement s’appelle « Nawlanté Sénégal ». Il repose sur une idée simple : le respect et l’égalité entre gouvernants et gouvernés. Nous considérons qu’aucune politique publique ne peut réussir durablement sans une relation de confiance entre les dirigeants et les citoyens. Le mouvement a soutenu la coalition « Diomaye Président » ainsi que Pastef lors des dernières échéances électorales.
En quoi votre parcours constitue-t-il un atout pour votre mission ?
Mon principal atout réside dans mon expertise en matière de financement climatique. Depuis plusieurs années, je travaille avec des institutions telles que la Banque africaine de développement, la Banque ouest-africaine de développement, le Programme des Nations unies pour le développement, le Programme des Nations unies pour l’environnement ou encore le Fida. Cette expérience m’a permis de développer une bonne connaissance des mécanismes internationaux de financement et un réseau important de partenaires. Je compte mettre cette expertise au service du Sénégal afin de renforcer les moyens consacrés aux politiques environnementales.
Quels sont les principaux défis environnementaux du Sénégal ?
Le premier défi est la préservation des écosystèmes, qui subissent une pression croissante liée aux activités humaines. Le deuxième est la lutte contre les effets du changement climatique qui touchent déjà plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, les ressources en eau et les zones côtières. Le troisième défi concerne la mobilisation des ressources financières nécessaires pour mettre en œuvre les réponses adaptées. Enfin, le renforcement des capacités humaines demeure essentiel pour faire face à ces enjeux complexes.
L’érosion côtière, les inondations et les déchets seront-ils des priorités ?
Oui. L’érosion côtière provoque des pertes importantes de terres, d’infrastructures et de moyens de subsistance. Les inondations continuent également d’affecter de nombreuses localités. La gestion des déchets et la lutte contre les différentes formes de pollution constituent aussi des priorités majeures. Au-delà de l’environnement, il s’agit d’un enjeu de santé publique et de développement économique.
Comment résumer votre feuille de route ?
Notre action s’inscrira dans les orientations définies par le président de la République et le Premier ministre. La priorité sera la mobilisation des ressources financières pour accélérer la mise en œuvre des politiques d’adaptation au changement climatique, de lutte contre la dégradation des terres, de gestion durable des ressources en eau et de réduction des pollutions. Le traitement des déchets figurera également parmi les axes majeurs de notre action. Le Sénégal fait face à des défis considérables, mais il dispose aussi d’importantes opportunités pour bâtir un modèle de développement plus durable et plus résilient.
Propos recueillis par Babacar Guèye DIOP


