À la Zone de captage de Grand Yoff, les eaux se sont retirées des maisons après les fortes pluies du dimanche 4 octobre 2026. Mais, les habitants réclament un drainage plus efficace et des ouvrages capables de prévenir de nouvelles inondations. Le renforcement du pompage et la réhabilitation des canaux ont été annoncés par Cheikh Tidiane Dièye, ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, lors de sa tournée du samedi 17 octobre.
Moussa Sène, ses deux épouses et leurs neuf enfants se sont mis à patauger pour sauver les objets familiaux de l’abîme. Dans le récit de ce mécanicien de 46 ans, il y a des senteurs de catastrophe, voire un parfum de tragédie qui a flotté dans sa maison. Mais surtout, il y a la peur de revivre la situation du 4 octobre avec les sapeurs-pompiers arrivés sur les lieux tardivement, les techniciens de l’Office national de l’assainissement (Onas) mobilisés jusque tard dans la nuit pour évacuer les eaux et ces journées sombres. « Nous avons perdu nos lits, nos téléviseurs, nos machines… », énumère M. Sène, encore traumatisé.
À la Zone de Captage, dans la commune de Grand Yoff, l’eau s’est retirée, mais le souvenir des maisons envahies reste au cœur des discussions. Samedi 17 octobre, autour du bassin, les habitants ont accueilli le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Cheikh Tidiane Dièye, venu évaluer les travaux et écouter les doléances des populations des quartiers les plus touchés. À ses côtés se trouvaient le gouverneur de Dakar, le préfet et les responsables des structures chargées de l’assainissement.
Pour Absa Guèye, mère de trois enfants, la journée du 4 octobre a viré à la mésaventure. Pourtant, le soleil s’était levé avec des rayons chargés d’énergie positive. La grisaille qui enveloppait Dakar depuis des jours s’était dissipée. Bref, il n’y a ni risque de happer la foudre ni d’être pris aux pièges d’une nature capricieuse.
« J’étais partie rendre visite à un ami près de la station Shell de Grand Yoff, mais ma fille m’a appelée pour m’annoncer qu’un mur de la maison s’est affaissé. Je n’avais même pas de moyen de transport pour rentrer. Les pluies ont commencé à 19 h et je suis arrivée chez moi à 23 h. Les eaux avaient fini de tout gâter. C’était terrible », raconte-t-elle, le visage en sueur et des trémolos dans la voix.
Face au ministre, les préoccupations des riverains sont concrètes : améliorer l’évacuation des eaux, traiter les points de stagnation et réduire les risques de nouvelles inondations. Si l’évacuation a permis un retour à une vie plus normale, les habitants attendent des solutions durables. Cheikh Tidiane Dièye a assuré que les doléances sont entendues et que l’Onas va poursuivre les interventions. « Il y a déjà des travaux qui avaient été engagés par l’Onas », a-t-il rappelé.
Le ministre a aussi cité l’installation d’une deuxième station de pompage. Quant à la capacité du bassin, elle est passée de 6.000 à 9.000 m³, soit une augmentation de 3.000 m³. L’autre chantier annoncé est la reprise du canal du Front de Terre, qui collecte les eaux de plusieurs quartiers en amont. L’ouvrage doit être refait et fermé, avec un aménagement de ses berges. Le sable charrié par le ruissellement et les déchets solides contribuent à son obstruction.
Sa réhabilitation va donc améliorer l’écoulement et limiter les blocages. Une partie des eaux provenant de Grand Yoff doit être déviée par un autre canal, vers les Niayes, afin de réduire les volumes arrivant au bassin. M. Dièye compte sur la combinaison de ces travaux, du renforcement du pompage et d’un meilleur drainage pour améliorer le dispositif.
L’Onas est appelé à intervenir sur les points prioritaires signalés par les populations. Les contraintes financières ont toutefois été évoquées. Le ministre a reconnu que les services avaient dû composer avec un budget limité tout en promettant une montée en puissance à partir de 2027.
La tournée a mis en évidence les difficultés liées à certaines constructions sur les réseaux. Cheikh Tidiane Dièye a cité un bâtiment de quatre étages édifié au-dessus d’une conduite d’assainissement, rendant les réparations particulièrement compliquées. « Il faudra y mettre un terme », a-t-il déclaré, annonçant une stratégie visant à empêcher les installations sur les voies d’eau et les ouvrages de drainage.
Babacar Guèye DIOP

