Obtenir un extrait de naissance, un certificat de mariage ou un jugement supplétif relève parfois d’un parcours du combattant dans la capitale du Saloum. Entre lenteurs administratives, archives dégradées, manque de personnel qualifié et circulation de faux documents, les services de l’état civil de Kaolack font face à de nombreux défis qui pénalisent quotidiennement les usagers.
KAOLACK – Dans plusieurs centres d’état civil de la commune et du département de Kaolack, les longues files d’attente sont devenues familières. Dès les premières heures de la matinée, des dizaines de citoyens se présentent pour déposer un dossier ou retirer un document administratif.
Beaucoup repartent pourtant sans satisfaction, faute de formulaires disponibles, de connexion informatique instable ou en raison de délais de traitement particulièrement longs.
« Parfois, il faut revenir trois ou quatre fois avant d’obtenir un papier », témoigne un habitant de Médina Baye rencontré devant un centre d’état civil.
Une situation qui exaspère particulièrement les étudiants, les candidats aux concours administratifs et les parents d’élèves, souvent soumis à des échéances strictes.
La menace persistante des faux documents
Au-delà des lenteurs administratives, la circulation de faux documents constitue une autre préoccupation majeure. Des extraits de naissance falsifiés ou irrégulièrement établis continuent d’alimenter des réseaux frauduleux, compromettant la fiabilité du système.
« Dans notre travail, nous rencontrons régulièrement de tels cas. Des personnes se présentent avec des passeports ou d’autres documents qui semblent authentiques. Mais, lorsque nous vérifions l’extrait de naissance, le lieu de naissance est parfois fictif », explique Pape Mangoné Sarr, chef du Service de l’état civil de la mairie de Kaolack.
Pour lutter contre ce phénomène, la municipalité a mis en place un bureau d’archives chargé de vérifier l’authenticité des documents lorsque des cas suspects sont signalés.
Selon M. Sarr, plusieurs facteurs expliquent les dysfonctionnements observés. Il cite notamment l’insuffisance des moyens logistiques, la vétusté des archives, la surcharge de travail, le déficit de formation continue ainsi que la précarité de certains agents.
« La précarité n’épargne pas les agents de l’état civil. La tentation est forte et il faut avoir l’amour du travail et une certaine retenue pour ne pas dévier de son chemin », reconnaît-il.
L’état de dégradation de nombreux anciens registres constitue également un obstacle important. Certains documents sont, aujourd’hui, difficilement exploitables, compliquant ainsi les recherches administratives et les procédures de reconstitution.
La digitalisation comme réponse
Face à ces défis, la modernisation et la numérisation de l’état civil apparaissent comme des solutions incontournables.
Pour les acteurs du secteur, la digitalisation permettra non seulement de sécuriser les données, mais d’accélérer aussi les procédures et de rapprocher davantage les services des populations.
« C’est plus qu’une nécessité. Derrière chaque document administratif se joue souvent l’accès à l’école, à la justice, à l’emploi ou encore aux soins », souligne le chef du Service de l’état civil de la mairie de Kaolack.
Selon lui, la transition numérique constitue un moyen efficace de lutte contre les faux extraits de naissance, les doublons et les manipulations frauduleuses des registres. Elle va également favoriser une meilleure conservation des données et faciliter les recherches administratives.
« Avec la numérisation des actes d’état civil, les autorités pourront assurer une meilleure conservation des données, faciliter les recherches administratives et réduire considérablement les risques de falsification », précise-t-il.
Pour de nombreux citoyens, cette modernisation est attendue depuis longtemps.
« Il est temps d’en finir avec les vieilles méthodes. La digitalisation représente une étape majeure vers une administration plus moderne, sécurisée et adaptée aux exigences du numérique. Elle permettra aux usagers de bénéficier de services plus rapides, transparents et accessibles », estime Babacar Diouf, enseignant à la retraite.
Le programme « Nekkal » en appui
Dans le cadre de la réforme de l’état civil, l’État du Sénégal, à travers le ministère de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des territoires, s’est engagé à renforcer les infrastructures d’état civil.
Deux nouveaux centres ont ainsi été récemment inaugurés à Fass Barigo, dans le département de Guinguinéo, et à Ndorong, dans la commune de Kaolack.
Ces infrastructures s’inscrivent dans le cadre du programme « Nekkal » destiné au renforcement du système d’information de l’état civil et à la consolidation du fichier national d’identité biométrique. Financé par l’Union européenne, ce programme est mis en œuvre au profit de l’Agence nationale de l’état civil (Anec).
« Pendant trop longtemps, les registres étaient tenus manuellement, entraînant erreurs, pertes et lenteurs. Désormais, grâce à « Nekkal », l’état civil sénégalais passe à une gestion informatisée, centralisée, sécurisée et interconnectée avec des services essentiels comme la santé, l’éducation ou la sécurité », déclarait le ministre des Collectivités territoriales, Moussa Bala Fofana.
Si l’initiative est largement saluée à Kaolack, les acteurs locaux estiment toutefois que les investissements matériels doivent être accompagnés d’un important effort de formation.
« Je ne pense pas que l’on puisse régler, du jour au lendemain, les problèmes de l’état civil. Avec la digitalisation, Kaolack a bénéficié de matériel, mais il faut aller plus loin, en renforçant la formation continue afin de disposer de ressources humaines de qualité », plaide Pape Mangoné Sarr.
L’officier d’état civil préconise également la mise en place de mécanismes de contrôle périodique pour renforcer la transparence et prévenir les dérives.
À l’heure où la citoyenneté passe plus que jamais par la possession de documents administratifs fiables, la modernisation de l’état civil apparaît comme un enjeu majeur pour Kaolack et l’ensemble du pays.
Mamadou THIAM (correspondant)

