Il ne voit pas Tivaouane, mais Tivaouane le connaît par cœur. À l’approche du Gamou, la voix de Serigne Sam Mboup résonnera une fois de plus dans la cité religieuse, portée par des haut-parleurs et des téléphones, comme chaque année depuis des décennies.
Né aveugle, le chanteur religieux tidiane s’est imposé, malgré cette cécité congénitale, parmi les meilleurs aèdes de sa génération. L’histoire de Sam Mboup commence à Tivaouane même, la cité bénie de Cheikh Seydi El Hadji Malick Sy. Dès sa plus tendre enfance, il fréquente le Dara de Cheikh Seydi Mouhammadou Mansour Sy Borom Daradji, ramification directe de l’école fondée par son vénéré grand-père. C’est auprès de Serigne Habib Sy Mansour qu’il reçoit une éducation religieuse complète, fondée sur le savoir, le savoir-faire, le savoir-être et le savoir-vivre. Sa cécité, loin de constituer un obstacle, semble au contraire avoir aiguisé une mémoire hors norme et un sens de l’écoute qui feront plus tard sa signature.
Car c’est par la voix que Sam Mboup a fini par se faire un nom. Chanteur religieux tidiane, il excelle dans l’interprétation des khassaïdes, ces poèmes composés par Cheikh Seydi El Hadji Malick Sy et les siens, qu’il restitue avec une justesse mélodique et une puissance polyphonique reconnues bien au-delà de Tivaouane. Sa réputation a franchi les frontières sénégalaises pour se répandre dans toute la sous-région, où on le sollicite pour animer Gamou et cérémonies religieuses. Beaucoup, au sein de la famille omarienne de Seydi El Hadji Malick Sy, le considèrent comme l’un des dépositaires les plus fidèles de ce patrimoine oral.
Au-delà du chant, Sam Mboup s’est également imposé comme un véritable dépositaire de la mémoire et de l’héritage des érudits de Tivaouane. Dans les entretiens qu’il accorde chaque année à l’approche du Gamou, il retrace inlassablement le parcours de Mame Maodo Malick Sy, de Serigne Babacar Sy et des grandes figures de la Tidianiyya. Il rappelle également aux talibés l’importance de respecter les valeurs, les enseignements et les règles qui fondent la vie religieuse de la cité. Une manière pour lui de transmettre, par la parole autant que par le chant, l’héritage spirituel qu’il a lui-même reçu dès son enfance.
Aujourd’hui encore, à chaque veillée de Gamou, sa voix accompagne les nuits de dévotion et fait revivre, pour plusieurs générations de talibés, l’histoire de Tivaouane et de ses grandes figures religieuses de la cité.
Cheikh Gora DIOP


