Ar-Rimah Hizb al-Rahim ‘ala Nuhur Hizb al-Rajim (Les lances du parti du Miséricordieux sur les gorges du parti du lapidé), composé par El Hadj Oumar Foutiyou Tall et achevé en 1261 de l’Hégire (1845), est considéré par les spécialistes comme une pierre angulaire de la littérature soufie et de la Tijâniyya. Conçu sur la structure du Jawahir al-Ma’ani à la suite d’une recommandation reçue à La Mecque en 1827 par son maître Sidi Muhammad al-Ghali, le livre sert d’annotation et d’explication approfondie des enseignements de la voie.
L’ouvrage Ar-Rimah Hizb al-Rahim ‘ala Nuhur Hizb al-Rajim (Les lances du parti du Miséricordieux sur les gorges du parti du lapidé), rédigé par El Hadj Oumar Foutiyou Tall, est considéré comme une véritable pierre angulaire de la pensée soufie et de la Tijâniyya.
Selon Oustaz Ibrahima Amadou Ly, spécialiste des religions et imam à Bambey, cet ouvrage dépasse le cadre d’une simple défense théorique ou polémique : il s’agit d’une encyclopédie de la littérature tidiane.
Le livre renferme notamment une biographie détaillée du fondateur de la tariqa, Cheikh Ahmed al-Tijân, retraçant sa naissance, ses ouvertures spirituelles et l’éventail de ses connaissances.
À son retour au pays après un long séjour aux lieux saints de l’islam, le natif de Halwar (Fouta) a dû faire face à une double opposition : d’une part, les Wahhabites et, d’autre part, les rigoristes, surpris par l’émergence de la Tijâniyya et la rapidité de son expansion.
À l’inverse, de nombreux savants et disciples de la voie ont accueilli ce chef-d’œuvre avec enthousiasme, y trouvant des sciences d’élite et des connaissances d’une grande finesse, jamais rassemblées dans un seul volume auparavant.
Lorsqu’El Hadj Oumar Tall acheva la rédaction de son livre, le 3 Ramadan 1261 de l’Hégire, il découvrit que la valeur alphanumérique (calcul Abjad) du titre Ar-Rimah Hizb al-Rahim ‘ala Nuhur Hizb al-Rajim correspondait exactement à l’année d’achèvement (1261).
Le Cheikh y vit un signe béni et exprima le souhait que Dieu lui accorde également des lances matérielles pour faire triompher la Vérité.
En dépit de sa vaste maîtrise de la langue arabe, de la jurisprudence, du hadith et du soufisme, l’auteur a fait preuve d’une humilité exemplaire.
Il s’est excusé par avance auprès de ses lecteurs pour toute coquille ou imperfection, les invitant à faire preuve d’équité et à corriger les erreurs avec science, affirmant avec modestie qu’il ne se considérait pas comme un maître absolu de ces disciplines.
Une œuvre pour élucider ses enseignements
Sur le plan académique, Oustaz Ly souligne l’intérêt majeur accordé par l’auteur aux sciences du hadith, avec plus de 800 traditions citées aussi bien marfou’ (remontant directement au Prophète) que mawqouf (s’arrêtant aux Compagnons).
Enfin, le Cheikh s’est largement étendu sur la jurisprudence : loin de se limiter au seul rite malikite, il s’est référé aux sources des quatre écoles juridiques sunnites pour analyser les jugements, fatwas et cas de jurisprudence contemporaine (Nawazil).
« Ar-Rimah est un ouvrage entièrement consacré au soufisme, dans lequel l’auteur se réfère à plus de 120 titres », témoigne l’imam.
L’interlocuteur est convaincu qu’El Hadj Oumar Foutiyou Tall a construit cette œuvre monumentale sur la structure même du Jawahir al-Ma’ani (Les Joyaux des sens).
Conçu comme une annotation, une explication et une élucidation de ses enseignements, cet ouvrage concrétisait la recommandation reçue par le Cheikh en 1242 H (1827 apr. J.-C.) au Maqam Ibrahim (dans le sanctuaire de La Mecque).
C’est là que son maître, Sidi Muhammad al-Ghali Boutaleb, lui avait enjoint de prendre grand soin de ce livre béni.
Dans cet ouvrage, explique M. Ly, El Hadj Oumar Tall élève le lecteur vers la maîtrise du comportement spirituel authentique.
Ce cheminement s’effectue à travers plusieurs étapes fondamentales : l’attachement aux saints et la quête d’une sincérité absolue, la fréquentation des adeptes de la voie et le cheminement spirituel sous la direction de maîtres détenteurs d’autorisations spéciales (Ijazah), la mise en garde contre les pièges du dévoilement spirituel (Kashf), la juste compréhension de la réalité du renoncement (Zuhd) et la levée des voiles et des obstacles qui s’interposent entre le serviteur et la connaissance de son Seigneur (Ma’rifah).
Le Cheikh y traite aussi de règles comportementales et jurisprudentielles majeures, notamment les mérites du souvenir de Dieu (Zikr) en assemblée, la primauté de la chaîne de transmission (Sanad), ainsi que la flexibilité juridique à travers le respect équitable des quatre écoles sunnites.
Enfin, l’auteur consacre d’importants développements aux litanies de la voie, à la station spirituelle de Cheikh Ahmed al-Tijani, ainsi qu’à la présentation de ses compagnons et grands représentants (muqaddams).
Par Souleymane Diam SY

