Il y a une semaine, le Mondial sénégalais s’écrivait en minuscule. Battus par la France (3-1) puis par la Norvège (3-2), les Lions devaient impérativement réagir. Ce sursaut a pris la forme d’un véritable récital : une victoire 5-0 contre l’Irak, pour un total de huit buts inscrits, un record absolu pour une sélection africaine sur une phase de groupes de Coupe du monde.
Avec trois points, le Sénégal devient la seule équipe qualifiée parmi les meilleurs troisièmes avec un tel total et s’offre un seizième de finale de prestige face à la Belgique, mercredi 1er juillet à 20 heures, au Lumen Field de Seattle. Et il y a bien match entre le Sénégal et la Belgique. Les récentes confrontations entre les Diables Rouges et les nations africaines en Coupe du monde sont relativement équilibrées. Les Belges avaient largement dominé la Tunisie (5-2) en 2018 avant de s’incliner contre le Maroc (2-0) en 2022. Lors de cette édition, ils ont également été tenus en échec en phase de poule par l’Égypte de Mohamed Salah (1-1). Ce résultat confirme une tendance : cette sélection belge n’a plus grand-chose de la machine qui avait atteint les demi-finales du Mondial 2018 en Russie. Le temps est passé et la génération dorée arrive progressivement au bout de son cycle. Eden Hazard a pris sa retraite, Vincent Kompany a troqué les crampons pour le banc de touche, tandis que Kevin De Bruyne, Thibaut Courtois, Axel Witsel et Romelu Lukaku incarnent encore l’ossature d’une équipe expérimentée, mais moins dominante sous les ordres de Rudi Garcia.
La Belgique reste un cas unique dans l’histoire du football moderne : première au classement Fifa pendant près de trois années cumulées entre 2015 et 2022, sans jamais remporter le moindre trophée majeur. Son unique titre international demeure la médaille d’or olympique obtenue à Anvers en 1920. Face à ces Diables Rouges toujours redoutables, mais à la portée des Lions, le Sénégal abordera ce rendez-vous porté par une nouvelle dynamique. Les hommes de Pape Thiaw ont retrouvé un collectif, des certitudes et une confiance que l’on croyait perdues après leurs deux premières sorties. Désormais, les calculs appartiennent au passé. À Pape Thiaw de capitaliser sur cette confiance retrouvée et d’en faire une force de frappe, en privilégiant la méritocratie dans ses choix. Le tableau, en cas de qualification contre les Belges, s’annonce plutôt jouable jusqu’en quart de finale, avec un possible huitième contre le vainqueur d’États-Unis-Bosnie.
À Pape Thiaw de capitaliser sur cette confiance retrouvée et d’en faire une force de frappe, en privilégiant la méritocratie dans ses choix
Puis viendraient les choses sérieuses, si les Lions sont dans le coup : un possible quart contre l’Espagne de Lamine Yamal ou le Portugal de Cristiano Ronaldo, et pourquoi pas, ensuite, une revanche contre les Bleus en demi-finale. Un parcours semé d’embûches, car les Lions sont malheureusement tombés dans la partie de tableau la plus relevée, avec des cadors comme la France et l’Espagne, cette dernière est considérée comme l’une des favorites du tournoi. Au-delà du symbole sportif, ce Mondial restera celui de la confirmation africaine. Neuf sélections du continent sur dix qualifiées en poules ont validé leur ticket pour les seizièmes de finale, seule la Tunisie s’est sabordée en restant sur le carreau, une performance continentale inédite qui répond, sur le terrain, aux propos d’Alexander Ceferin. Le patron de l’Uefa avait provoqué une vive polémique en déclarant que le nouveau format de la Coupe du monde à 48 équipes entraînait des matchs « sans intérêt ».
La suite du tournoi lui a pourtant donné tort, puisque l’Europe ne qualifie que 13 sélections sur 16, tandis que l’Asie s’effondre avec deux représentants sur neuf (Japon, Australie), et que la Concacaf, terre d’accueil, voit Curaçao, Panama et Haïti tomber en poules. L’Espagne, le Portugal, l’Angleterre, la Belgique et le Brésil ont chacun été accrochés en poule par une sélection africaine. Dans ce concert de performances africaines, le Sénégal occupe une place à part. Avec 1,5 but inscrit par match disputé en Mondial, les Lions affichent le meilleur ratio offensif parmi les meilleures nations du continent dans l’histoire de la compétition. En additionnant les 16 buts marqués lors de ses trois participations précédentes (2002, 2018, 2022) aux 8 inscrits cette année, le Sénégal culmine désormais à 24 réalisations en 16 matchs de Coupe du monde, s’installant aux portes du sommet continental, juste derrière le Maroc et ses 26 buts, mais en 26 matchs sur sept participations.
L’autre belle histoire de ce Mondial côté sénégalais porte un nom : Ismaïla Sarr. Auteur d’un doublé contre la Norvège puis d’une nouvelle réalisation face à l’Irak, l’ailier de Crystal Palace, âgé de vingt-huit ans, est devenu le meilleur buteur sénégalais de l’histoire de la Coupe du monde avec quatre buts, dépassant Papa Bouba Diop (3 buts). Il n’est qu’à une longueur du légendaire Camerounais Roger Milla (5 buts), et à deux unités du record africain détenu par le Ghanéen Asamoah Gyan (6 buts). Si les Lions poursuivent l’aventure en 8ème finale voire plus loin, Sarr a donc toutes les cartes pour s’inscrire parmi les légendes offensives du continent.
Morose à ses débuts, ce Mondial sénégalais pourrait finalement devenir celui de tous les exploits, à condition de faire tomber, après-demain, des Diables Rouges moins flamboyants qu’autrefois, mais qui demeurent un adversaire à ne jamais sous-estimer. Une victoire permettrait aux Lions de poursuivre leur rêve américain.
cheikhgora.diop@lesoleil.sn

