Coupe du Monde 1986, Quart de finale Argentine vs Angleterre. Maradona marque deux buts mythiques en quatre minutes. À la 55e minute, le meneur de jeu argentin saute avec le gardien anglais Shilton, tape le ballon du poing gauche et marque.
L’arbitre ne voit rien et valide le but. Après le match il dit : « Un peu par la tête de Maradona, un peu par la main de Dieu ». Il y voyait un signe de Dieu, une vengeance personnelle, quatre ans après la guerre des Malouines entre l’Argentine et l’Angleterre. Quatre minutes plus tard, il prend le ballon à la 60e minute, drible cinq joueurs anglais, dont le gardien, et marque le « but du siècle » (Ndlr : en 2002, la Fifa l’a élu plus beau du siècle). Le génie argentin assume totalement la triche du premier but, déclarant qu’il l’aurait refait. Mais pour lui et pour nombre de fans de foot, le deuxième but effaçait tout. Dieu lui a donné la main, puis le talent. C’est ce qui rend Maradona unique : génie, diable, sacré, profane, en un seul match.
Le Pibe de Oro n’était pas connu pour sa religiosité, mais cet épisode illustre la place qu’occupe Dieu dans le sport. Certains joueurs n’hésitent pas à afficher leurs croyances religieuses sur le terrain et en dehors de celui-ci. Signe de la croix, les yeux levés vers le ciel, récitation de versets coraniques, prosternation après un but… Pour ne citer que l’exemple qui nous est le plus proche, Sadio Mané joue certains matchs en observant le jeûne et célèbre chacun de ses buts en se prosternant. En Afrique, à chaque grande compétition (Can, Mondial), de soi-disant marabouts promettent la victoire à leur équipe nationale, comme s’ils pouvaient forcer la main de Dieu. Jusqu’ici, c’est une désillusion totale.
D’aucuns se demandent même que vient faire Dieu dans le foot ? Certes, Dieu embrasse tout de sa science et connaît donc le futur vainqueur de la compétition, mais il ne faut pas s’attendre, comme certains l’espèrent, à ce qu’il se substitue au talent et à la performance sur le terrain. En plus du talent que l’on peut considérer comme un don de Dieu, le sport, c’est aussi et surtout, de la performance, de l’effort collectif et individuel, de la science tactique, etc. Dans cette vie, Dieu a donné les mêmes opportunités à tous les peuples. Il n’est pas surprenant que ce soient les nations les mieux organisées, qui investissent dans la détection et le développement des talents et les infrastructures qui performent lors de grandes compétitions sportives.
Selon un hadith rapporté par Anas ibn Malik, le Prophète Muhammad avait une chamelle appelée Al-adhba dont on disait qu’aucune autre chamelle ne pouvait devancer dans une course. Pourtant, un jour, un bédouin, monté sur une chamelle réussit à la devancer. Ce qui fut pénible pour les musulmans et fit dire au messager d’Allah (bénédiction et salut soient sur lui) : « Il est vrai qu’Allah ne rehausse rien ici-bas sans le rabaisser par la suite ». Il s’agit là d’une leçon d’humilité. Rien ne reste au sommet éternellement dans cette vie. À la défaite succède la victoire et à la victoire la défaite. Il y a vingt ans, l’Italie trônait sur le toit du monde.
Aujourd’hui, elle n’est même pas de la fête. Le plus paradoxal, c’est que rien n’est plus embarrassant que les lendemains de victoire. En politique comme en sport, le jour de la victoire, c’est l’euphorie, mais le lendemain, il ne reste que le vide, la lassitude et ce sentiment étrange où se mélangent des souvenirs évanescents et une longue (?) attente de nouveaux succès. Et toute victoire est synonyme de défaite dans le camp d’en face. Tout ceci devrait nous inviter à relativiser les choses, malgré la passion. On est d’accord que c’est « plus qu’un jeu » (Pape Diouf), mais une victoire ou une défaite ne signifie pas la fin du monde…
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