L’histoire de Ngawlé ne saurait être complète sans Penda Sarr, fille cadette de Moussa Boukary Sarr. Au fil du temps, son nom s’est même intimement confondu avec celui du village à travers la fameuse expression devenue célèbre : « Penda Sarr sa Ngawlé ». Cette femme s’est illustrée par son engagement sans faille pour sa communauté, allant même jusqu’à défier les injonctions des colons.
Surnommée « la fille des eux », on lui prête par ailleurs le don de voir l’avenir. À l’image d’Aline Sitoé Diatta en Casamance, Penda Sarr est ainsi devenue une figure de résistance, dont le souvenir continue de marquer profondément la mémoire collective de Ngawlé. Le conservateur de la maison Moussa Boukary Sarr ne s’y trompe d’ailleurs pas.
« Penda Sarr est un élément fondamental de notre histoire. Elle a pris le relais de son père avec brio. Aujourd’hui, dès qu’on parle de Ngawlé, son nom apparaît dans la discussion. En tant que femme, elle a tenu tête à des hommes, et a montré son savoir à tout le monde », souffle Mame Hamady Diop.
Selon la tradition orale du village, l’aura mystique de Penda Sarr s’accompagnait d’une présence invisible qui ne la quittait jamais. Son savoir est, en outre, un héritage des écrits de son père. Aujourd’hui, ses prouesses ont encore un écho, des générations plus tard.
À la sortie de la maison érigée en musée, une promenade dans les ruelles de Ngawlé permet de découvrir des habitations traditionnelles en argile, des bêtes laissées à l’air libre qui préfèrent s’abriter à l’ombre plutôt que de se risquer à un bronzage intempestif.
À travers le dédale des sentiers, la vie s’écoule sans précipitation. Certains habitants vaquent à leurs occupations quotidiennes, d’autres prennent place à l’ombre pour profiter d’un peu de fraîcheur. Des mains se lèvent pour saluer les visiteurs de passage, accompagnés de salamalecs chaleureux.
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D’autres se contentent d’un hochement de tête quasi imperceptible, tandis que les enfants, eux, optent pour la timidité d’un simple contact visuel, trop hésitants pour faire le premier pas vers de nouveaux visages. Face au fleuve Sénégal se dresse un autre site historique qui défie le temps : une ancienne mosquée dont la sobriété contraste avec l’importance historique qu’on lui attribue.
La bâtisse ne paie pas de mine, mais est un legs exceptionnel d’Elhadj Omar Foutiyou Tall, figure majeure de l’islamisation du Fouta. Il aurait lui-même tracé les plans, lors de son passage à Ngawlé avant de poursuivre son chemin vers le Sud. À l’origine construite en argile, la mosquée a depuis été consolidée avec du ciment afin de mieux résister au temps et aux assauts des saisons.
C’est près de cet endroit qu’Elhadj Omar aurait rencontré Moussa Boukary Sarr. Les deux érudits se seraient rapidement liés d’amitié avant que, des années plus tard, Elhadj Omar, au hasard d’une rencontre avec Penda Sarr, n’ait décelé chez la fille un savoir mystique et mystérieux qui aurait éveillé sa curiosité. Impressionné par ses connaissances, il lui aurait alors proposé de l’accompagner.
Cette histoire riche pourrait tomber aux oubliettes à la faveur d’une catastrophe. Pour Mame Hamady Diop, conservateur du musée, il est urgent d’agir avant que l’impensable ne se produise.
« Ce musée est bien trop petit. Nous avons besoin d’aide pour préserver cette histoire. Il y a beaucoup d’objets précieux qu’on a dû laisser à Saint-Louis, faute d’espace. Il faut l’agrandir, construire de nouvelles salles, renforcer les clôtures… Bref, il faut un endroit à la hauteur de l’histoire qui se raconte dans ce village », plaide-t-il. Il s’agit donc, derrière cet appel, de préserver des objets, des récits et des traces qui constituent la mémoire de Ngawlé et de ses figures historiques.
Par Oumar NDONGO


