À Thiès, l’époque a ses priorités mouvantes. Tandis que la veille de Korité installe, dans bien des foyers, une inquiétude discrète, presque pudique, un homme, Ahmeda Lodia, scrute l’écran de son téléphone avec une angoisse d’un autre ordre. Son chien bichon a disparu. Et le mot, soudain, prend tout son sens. « Bichonner », entourer de soins affectifs. L’étymologie, ici, n’est pas un détour savant, mais une vérité intime. Sur Facebook, l’appel se veut pressant, presque éploré. On imagine les promenades interrompues, les habitudes suspendues, le silence inhabituel dans la cour. Mais à quelques rues de là, d’autres silences se font entendre. Ceux des cuisines où l’on calcule, où l’on renonce, où l’on ajuste une fête que l’on voudrait pourtant digne. Il n’y a pas d’indécence à aimer son chien. Il y a, en revanche, une étrange dissonance. Comme si, dans une même ville, deux récits cohabitaient sans jamais se croiser. L’un cherche un pelage soyeux, l’autre un peu de substance pour honorer la fête. Et Thiès, témoin tranquille, regarde ces vies parallèles se frôler sans se voir.
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