La politique ressemble parfois à une boîte de peinture oubliée sous le soleil. Les couleurs y bavent, se mélangent, se trahissent. Le rouge des colères devient rose pâle à l’approche des fauteuils ministériels. Le vert des espérances finit souvent kaki, couleur des compromis poussiéreux. Quant au bleu des promesses, il se dissout dans le gris des discours administratifs. Chaque camp revendique sa teinte. Ici, on brandit le blanc de la pureté. Là, le noir de la résistance. Ailleurs, le jaune éclatant des révolutions annoncées. Pourtant, à force de coalitions improbables, de retournements savants et d’alliances de circonstance, le citoyen finit daltonien. Il ne sait plus très bien qui défend quoi.
Autrefois, les couleurs politiques avaient une odeur, une musique, presque une morale. Elles distinguaient les familles idéologiques comme les saisons distinguent les arbres. Aujourd’hui, elles servent surtout à décorer les affiches et les plateaux de télévision. On change de couleur comme on change de veste, avec une aisance qui ferait rougir un caméléon. Et pourtant, malgré cette grande foire chromatique, les peuples continuent d’espérer. Ils scrutent encore les drapeaux, les écharpes et les logos. Comme si, derrière les pigments fanés, survivait l’idée têtue qu’une couleur peut encore porter une conviction.
sidy.diop@lesoleil.sn

