Au Sénégal, certains ont fini par considérer la ligne droite comme une perte de temps. Pourquoi travailler, produire, construire, quand le raccourci promet des gains rapides, même si le chemin passe par le faux, le trompe-l’oeil et l’imitation ? C’est ainsi que prospèrent les artisans de l’ombre : faussaires de billets, fabricants d’identités de circonstance et loueurs d’uniformes « express » pour ceux qui veulent jouer les représentants de l’ordre sans en connaître les règles.
Les récentes opérations de nos Fds en donnent une illustration presque théâtrale : des liasses de faux billets circulant comme des photocopies trop confiantes, des individus drapés de galons imaginaires, bérets bien ajustés et arrogance bien réelle. Tout est pensé pour l’illusion, tout sauf la durée. Car le raccourci a une particularité bien connue, il raccourcit aussi la liberté de ceux qui l’empruntent. À force de vouloir gagner du temps sur la légalité, certains entrepreneurs du toc finissent surtout par perdre le principal capital qu’ils prétendaient conquérir : la tranquillité. Et dans ce marché parallèle de l’illusion, la seule devise qui ne perd jamais sa valeur reste celle de la traçabilité… judiciaire.
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