L’Assemblée nationale française a adopté, mardi 30 juin, la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir. Une ultime lecture, le 15 juillet, au Palais-Bourbon, devrait consacrer son adoption définitive sans possibilité de l’amender.
Le texte prévoit cinq critères cumulatifs d’accès à mourir : être majeur, être de nationalité française, être atteint d’une affection grave et incurable engageant le pronostic vital à un stade avancé ou terminal, et présenter une souffrance réfractaire aux traitements ou insupportable. Le malade doit être en outre « apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée » jusqu’au moment qui précède l’acte létal. À la date qu’il choisit, il s’administre le produit létal prescrit par le médecin – sauf s’il n’est pas physiquement en état d’accomplir le geste. Dans ce cas, l’acte est confié à un médecin ou à une infirmière qui peuvent toutefois invoquer une clause de conscience. Les souteneurs de cette loi invoquent l’existence de souffrances que les soins palliatifs ne peuvent apaiser. À l’inverse, les opposants craignent qu’elle ne soit la voie ouverte à l’euthanasie et au suicide assisté. À ce jour, une dizaine de pays européens autorisent ou tolèrent l’euthanasie sous certaines conditions, y compris pour les mineurs.
Au-delà de l’aspect juridique, cette loi soulève de graves questions éthiques et morales. Dans le tome 5 de « L’heur de philosopher la nuit et le jour », intitulé « Qu’il est difficile de rester humain », le philosophe sénégalais Djibril Samb évoque longuement le cas Vincent Lambert, cet infirmier spécialisé en psychiatrie, devenu tétraplégique des suites d’un accident survenu en 2008 et décédé le 11 juillet 2019 après onze ans de coma. Cette « affaire Lambert » devenue, au fil du temps, un débat de société en France, est analysée par le philosophe sous l’angle « métajuridique », mais aussi, et surtout philosophique et humaniste. En effet, écrit le philosophe, « une vie est une chose, ce qui la maintient dans une autre. À confondre l’une avec l’autre, on s’interdit de penser l’une et l’autre ». Commentant l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme du 5 juin 2015 sur cette affaire, Djibril Samb trouve « très paradoxal qu’un droit à la mort puisse s’insinuer dans l’antre du droit à la vie (article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme) et s’y substituer pour agir en son nom et, finalement, déterminer le jugement et en faire, non une affaire de vie, mais de mort ».
Il s’offusque ainsi que dans ce supposé conflit entre le droit à la vie et le droit à l’autonomie personnelle, les juges majoritaires de la Cour européenne des droits de l’homme choisissent de trancher en faveur du second, quand la question proprement dite portait sur le premier. Pour le philosophe de l’humaine condition, « il n’appartient à personne d’évaluer les raisons de son prochain de rester vivant ». Visiblement, le législateur français n’est pas de cet avis. Une nette majorité des députés (295 pour, 232 contre et 35 abstentions) soutiennent l’argument selon lequel une vie marquée par des souffrances insupportables peut perdre sa qualité et que le respect de la dignité implique de permettre à une personne de choisir sa fin.
Il est frappant de constater que la religion n’a pas eu son mot à dire dans ce débat. Ce n’est guère une surprise dans une Europe où le fait religieux est en net recul. Pourtant, les traditions religieuses considèrent généralement que la vie humaine est sacrée et que seul le cours naturel de la vie doit décider de la mort. Plus fondamentalement, cette loi interroge sur le rôle de la médecine dans les sociétés modernes. Le Serment d’Hippocrate implique clairement le refus absolu de donner au malade du poison, soit que celui-ci en ait fait la demande, soit que le médecin en ait pris l’initiative. Ainsi, le Serment refuse l’euthanasie comme pratique médicale. Le médecin n’a pas pour vocation de conduire à la mort ni de la faciliter d’aucune manière.
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