Jeudi matin, Dakar s’est réveillée avec le cœur lourd. Dans les rues de la capitale, l’ambiance était plombée. Décor morose. Visages fermés. Silences pesants. Une déception collective flottait dans l’air, comme un lendemain de deuil national. « Je ne veux plus reparler de ce match. Mon Mondial est terminé », lâche, abattue, une dame croisée près de la place de l’Indépendance.
Un peu plus loin, un jeune homme peine encore à réaliser. « Le football nous a habitués aux surprises. Mais ce qui s’est passé contre la Belgique restera gravé à jamais dans la mémoire des Sénégalais », dit-il. La presse nationale, elle aussi, a choisi des mots durs pour traduire l’immense désillusion. « L’Info » évoque un « immense gâchis ». « Tribune » fustige un « coaching minable ». « L’As » estime que « les Lions se sabordent ». « Point Actu » parle d’un « terrible fiasco ». « Le Soleil » titre sur une « soirée coachmardesque ». Quant à « WalfQuotidien », il résume tout en une expression : « cruelle désillusion ». Pourtant, le Sénégal n’en est pas à sa première Coupe du monde. L’équipe nationale a déjà connu les joies éclatantes et les défaites douloureuses. Mais contre la Belgique, mercredi soir, quelque chose échappe encore à toute logique.
Pendant une grande partie de la rencontre, les lions ont dominé les « diables rouges », marquant deux fois. Jusqu’à cette fatidique 85e minute, le Sénégal était maître de son destin, qualifié pour les huitièmes de finale. Puis survient le scénario renversant. Incompréhensible. Invraisemblable. Pape Thiaw et ses poulains s’écroulent. Naufrage collectif. Les « Diables rouges » reprennent le contrôle du match avant de réaliser une remontada historique, de 0-2 à 3-2. Le Sénégal passe ainsi du rêve au cauchemar. Une chute qui rappelle celle vécue récemment par l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire ou encore la République démocratique du Congo (RDC), toutes victimes d’un même mal : l’incapacité à gérer les derniers instants. Et s’il y a un seul message à retenir de cet effondrement collectif, c’est celui-ci : la haute compétition ne pardonne rien. Et le talent seul ne suffit pas pour triompher. Il faut aussi de la maîtrise tactique et surtout beaucoup de concentration.Nous l’avons malheureusement appris à nos dépens.
Mais pendant que les regards africains restaient rivés sur le Mondial, une autre tragédie se déroulait presque dans l’indifférence générale. En Afrique du Sud, des violences xénophobes d’une rare brutalité continuent de viser des migrants africains. Des violences alimentées par des mouvements populistes et des groupes anti-immigration qui accusent leurs frères africains d’être responsables de la criminalité et du chômage. Et malgré quelques dénonciations isolées, la réaction médiatique africaine reste largement en deçà de la gravité des faits. Ces drames méritaient pourtant des éditions spéciales, des débats de fond et une mobilisation médiatique continentale.
Ce qui s’explique peut-être par le fait que la presse africaine avait les yeux rivés sur la Coupe du monde. Eh bien, pour plusieurs pays africains, le tournoi appartient désormais au passé. Place à cette tragédie en cours. La presse africaine doit recentrer le débat. Elle doit documenter, montrer, dénoncer et alerter. Les scènes d’agression contre des étrangers, poursuivis jusque dans leurs maisons, parfois brûlés vifs, doivent être montrées, relayées et vivement dénoncées. Elles doivent être dénoncées parce que ces violences ternissent l’image de la nation « arc-en-ciel », ce pays qui a vu naître et grandir un homme exceptionnel, Nelson Mandela, symbole mondial de la lutte contre l’apartheid et pour les droits humains.
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