Le 11 avril dernier, des élèves du Cem de Colobane (Dakar) ont réalisé un film sur l’ancien professeur d’histoire et de géographie de leur établissement, Babacar Mbaye Ndaack. Dans le film, ils ont donné la parole à d’anciens élèves de M. Mbaye de Sédhiou, Nioro, Dakar ainsi qu’à ses anciens collègues, surtout de Sédhiou. Objectif : lui rendre un hommage mérité.
Si les élèves ont pris une telle décision, c’est que certainement M. Mbaye les a tous marqués dans leur cursus scolaire. D’ailleurs, ils reconnaissent en Babacar Mbaye Ndaack un enseignant au vrai sens du terme, celui qui est arrivé à les inspirer par sa façon d’enseigner (pédagogie), son port vestimentaire (une vraie correction), sa manière de tenir la classe, sa maîtrise de la langue d’enseignement (le français) et de la matière enseignée (histo-géo), etc.Au fait, quel élève ou étudiant, dans son cursus scolaire ou universitaire, n’a pas été marqué par le talent d’un ou de certains de ses enseignants ? Ou tout simplement comme le dit La Jonchère : Qui n’a pas été marqué de manière très positive par un enseignant ? Qui n’a pas gardé dans ses souvenirs le ou la professeur(e) qui a provoqué le déclic pour une matière, donné l’envie pour une activité, éveillé la curiosité tout simplement pour le monde qui l’entoure…
Certains de ces professeurs ont même réussi à déclencher des vocations, permettant à des élèves de trouver leur voie professionnelle. Quelle posture, quelle attitude, quelle méthode ont pu être adoptées par l’enseignant ou l’enseignante pour compter autant dans la vie d’un élève ? (Cf. La Jonchère.org, 28 février 2023).
Se demandant pourquoi et comment ces professeurs bienveillants font la différence, La Jonchère fait savoir que pour inspirer ses élèves, un enseignant doit incarner la passion, cultiver un environnement de bienveillance et donner du sens aux apprentissages.
Car, poursuit le site, si les grands principes des enseignements classiques reposent sur des programmes scolaires imposés, les contrôles et la validation des savoirs par la notation, la « liberté pédagogique » laisse en principe aux enseignants le choix d’enseigner comme ils le souhaitent. La liberté pédagogique c’est aussi la liberté pour les professeurs d’enseigner d’une manière qui leur convient et leur correspond, personnellement et intellectuellement. Et c’est cette manière toute personnelle de faire la classe, de transmettre les apprentissages et de considérer avec attention chaque élève qui peut faire la différence pour l’avenir des jeunes. Et il se demande qui, mieux que l’enseignant, a la capacité de sentir une classe, d’estimer la bonne attitude à adopter face à elle, d’ajuster les exigences à la hausse ou à la baisse pour être efficace.
Si nous avons choisi de mettre le focus sur les enseignants qui inspirent, c’est qu’ils ne courent plus la rue. Certes, il existe plusieurs facteurs explicatifs (entre autres la précarité du statut contractuel, une dévalorisation sociale), mais le plus probable est sans nul doute la disparition progressive de la vocation, socle d’une telle aptitude. Depuis quelques décennies, au Sénégal, on entre plus dans l’enseignement par intérêt. La perte de vocation dans le métier est une réalité. Jadis, devenir instituteur était le rêve de beaucoup de jeunes comme l’a chanté Oumar Pène du super Diamano.
Mais, le rêve de devenir instituteur s’est estompé ou a presque disparu. « La vocation s’est fortement effritée du fait de la manière dont on épouse la carrière et aussi de ce qui anime le candidat à l’enseignement. Lorsque l’on va dans l’enseignement faute de mieux parce qu’il faut coûte que coûte avoir un gagne-pain sans être formaté comme il le faut pour être apte à faire face à toutes les difficultés qui pourraient émaner de l’exercice du métier, il va sans dire qu’il sera très difficile de parler de vocation », soulignait, en 2007, lors du bilan du projet Usaid/Paem, le n°2 du Sudes, Mohamed Coly. En d’autres termes, l’enseignement n’est plus un sacerdoce, mais une sinécure.
La valorisation de la fonction enseignante de ces trois dernières années a accentué le phénomène. En témoigne le nombre de candidats lors du recrutement annoncé de 2.000 enseignants par l’État en 2025. Le processus a, en effet, enregistré plus de 164.000 candidatures. Or, tout métier doit d’abord être aimé pour être maîtrisé.
daouda.mane@lesoleil.sn

