La scène se passe sur un espace public, non loin du marché de Keur Massar. Une foule immense composée essentiellement de bonnes dames fait la queue. Certaines plus pressées que d’autres crient à tue-tête, espérant attirer l’attention des distributeurs de denrées alimentaires. Sac de riz, bouteille d’huile ou encore un paquet de pâtes alimentaires est le lot qui est offert aux nécessiteux. Des charretiers et autres transporteurs de fortune marchandent avec celles qui ont réussi à récupérer leur appui. Tout cela, sous le regard médusé des passants. Le mois de Ramadan touchant à sa fin, la commune de Keur Massar Sud a senti la nécessité de venir en aide aux familles qui sont dans le besoin. Cela peut paraître une bonne chose. D’autant plus que la plupart de nos mairies disposent d’un budget spécial destiné aux gens les moins nantis de la communauté. Les secours, comme on les appelle, sont effectués dans les périodes de grandes dépenses telles que les fêtes de Tabaski, Korité, Pâques ou encore durant la période de la rentrée scolaire.
Seulement, la manière de nos communes d’aider laisse à désirer. Souvent c’est à la devanture des mairies, dans un espace public comme ce fut le cas à Keur Massar Sud que la distribution de ces denrées se fait. Ce qui constitue réellement un sacré coup à la dignité des nécessiteux. Certes, la plupart de ces hommes et femmes pour la plupart sont issus de familles pauvres, mais les maires et élus devraient leur accorder suffisamment de respect et de compassion. Cela doit passer par une meilleure organisation de ces aides. Elles ne devraient pas leur être jetées à la figure, comme on le voit souvent. Car chaque maire travaille avec les délégués de quartier qui sont les meilleurs interlocuteurs qui peuvent identifier les familles démunies et les transmettre à la commune. Une fois ce travail d’identification réalisé, la distribution devrait être faite dans la douceur et en toute humanité. Pourquoi pas la faire nuitamment ? Car pour aider, on n’a pas besoin d’organiser un spectacle hideux comme celui de Keur Massar Sud.
Ensuite, nos collectivités territoriales ne doivent jamais perdre de vue qu’elles travaillent pour toute la communauté, notamment pour les riches, la classe moyenne et les plus pauvres. Chacune de ces entités doit sentir l’appui des services de la mairie. Beaucoup de nos communes ont choisi comme devise : « La mairie x travaille pour vous ». Si tel est réellement le cas, l’humilité et la bienveillance devraient guider les agents qui accomplissent ce sacerdoce pour la communauté. Il faut aussi rappeler que l’argent et le matériel donnés n’appartiennent guère au maire ou aux conseillers. Ils ne sont que les exécutants d’une mission dont la finalité est de satisfaire les besoins des uns et des autres. Seuls les maires qui ont compris cela gagnent le cœur de leurs concitoyens. L’arrogance, par contre, est la pire des choses qu’on peut reprocher à un dirigeant. Mais il n’est jamais trop tard de revoir la manière de faire les choses.
maguette.ndong@lesoleil.sn


