Les cas de fraudes à l’état civil sont devenus récurrents au Sénégal. Dans son édition du mercredi 6 mai 2026, le quotidien Libération révèle que la Daf a démantelé un réseau de trafic de numéros d’état civil de plusieurs Sénégalais cédés à des Guinéens. L’un des bénéficiaires de cette affaire de faux, le lutteur Mamadou Thiam dit « Bébé Diène », aurait avoué s’appeler en réalité Amadou Cheikhou Diallo, de nationalité guinéenne.
Grâce à son faux acte, il a pu avoir, comme d’autres Guinéens, une carte nationale d’identité sénégalaise, un passeport et une licence de lutte. Comme lors des précédentes affaires, notamment celle de Sédhiou qui avait défrayé la chronique l’année dernière, les candidats à la nationalité sénégalaises ont bénéficié de complicités au coeur du système d’état civil, en l’occurrence pour ce cas précis l’adjoint au maire de Wakhinane Nimzatt aidé par un autre intermédiaire.La précarité des employés des mairies les rend particulièrement vulnérables à la corruption.
Ces deux dernières années, ils ont observé une longue grève pour réclamer de meilleures conditions de travail. Cependant, la précarité n’explique pas tout. Il y a clairement un manque de patriotisme de la part de certains agents. L’État a aussi sa part de responsabilité. L’état civil est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des personnes qui ne connaissent rien au droit.
La conséquence de ce laxisme, c’est que les documents de voyage émis par l’État du Sénégal sont aujourd’hui regardés avec une certaine suspicion par certains pays occidentaux. C’est l’argument invoqué par l’administration Trump pour restreindre la délivrance de visas aux ressortissants sénégalais entrant aux États-Unis.
Je fais partie de ceux qui militent pour la libre circulation.
L’hospitalité est une valeur partagée par toutes les sociétés humaines. En Afrique, pendant longtemps, il était un devoir moral d’accueillir celui qui vient et que l’on nomme étranger. Qu’il soit simplement de passage, qu’il reste un moment pour repartir ou finir par s’établir. Dans la tradition africaine, l’étranger était reçu comme un roi. Oui, aucun pays ne peut accueillir « toute la misère du monde », mais il est un devoir moral d’offrir l’hospitalité à celui qui vient, du simple fait de son humanité.
C’est pourquoi, à l’heure où le panafricanisme a le vent en poupe, il est incompréhensible de voir certains Africains verser dans un repli identitaire et dans la xénophobie. C’est encore plus incompréhensible venant d’un pays comme l’Afrique du Sud qui a pendant longtemps bénéficié de la solidarité des autres pays africains dans son long combat contre l’apartheid.
En Afrique de l’Ouest, le Sénégal a pendant longtemps fait figure d’exception. Les ressortissants africains s’y sont toujours sentis en sécurité et en liberté. Mais depuis l’irruption d’un parti nationaliste dans le champ politique dont le leader siège à l’Assemblée nationale, un discours xénophobe est de plus en plus audible dans les médias.
Comme l’a perçu Michel Agier dans son ouvrage intitulé « L’étranger qui vient : Repenser l’hospitalité » (Le Seuil, 2018), « accueillir l’étranger, c’est éprouver son intrusion ». C’est d’abord accepter l’étrangéité de celui qui vient, renoncer provisoirement à son monde propre, partager son espace, son temps, ses ressources. C’est justement le noeud du problème dans les sociétés modernes. Malgré l’élan de solidarité pour pallier l’hostilité de leurs gouvernants, beaucoup de citoyens sont de plus en plus enclins à élire des gouvernements d’extrême droite partisans d’une ligne dure en matière d’émigration.
Mais de la même manière qu’il y a une éthique de l’hospitalité, il doit y avoir l’intelligence de celui qui est accueilli. Ce dernier a l’obligation de respecter les lois et coutumes du pays d’accueil. Ceux qui s’adonnent à une usurpation d’identité violent cette règle fondamentale et attisent un sentiment xénophobe qui était sous-jacent.
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