L’actualité politique s’emballe, portée par la perspective des échéances électorales à venir : les élections locales de 2027 et la présidentielle de 2029. Les états-majors politiques n’ont visiblement plus de temps à perdre. À l’Assemblée nationale, la coalition « Takku-Wallu » multiplie les initiatives. Khalifa Sall annonce la tenue de son congrès constitutif. Barthélémy Dias revient d’une tournée nationale et internationale. Thierno Alassane Sall, Amadou Ba, Pape Djibril Fall, Anta Babacar Ngom et bien d’autres ne sont pas en reste, rivalisant d’ardeur et d’activisme sur le terrain.Même dynamisme du côté de la majorité. « Diomaye Président » est en opération de charme. Dans le sillage de la « brillante interview » de son président d’honneur, Bassirou Diomaye Faye, la coalition organise aujourd’hui un meeting de remobilisation à Mbour. Pastef, lui, reste fidèle à ce qui a fait son succès : l’animation à la base et les visites de proximité.
À cela s’ajoute l’activisme quotidien des maires et présidents de conseils départementaux, omniprésents sur le terrain pour vanter leurs réalisations et défendre leurs bilans, avec un objectif clair : convaincre et renouer le dialogue avec leurs administrés.
Au coeur de cette effervescence politique, un autre acteur joue un rôle tout aussi déterminant : la presse, dans toute sa diversité écrite, audiovisuelle et numérique. Pilier fondamental de toute démocratie, elle doit agir comme un véritable « chien de garde », garantissant le pluralisme des opinions et permettant aux citoyens d’accéder à une information fiable, indispensable à la formation de leur jugement et à leur participation aux affaires publiques.
Une enquête publiée en novembre 2025 par la Fondation Jean-Jaurès et l’association Les Relocalisateurs souligne d’ailleurs que plus un territoire dispose de médias actifs et professionnels, plus la participation électorale, la confiance envers les institutions et l’engagement citoyen progressent. À l’inverse, l’absence de médias crédibles et indépendants favorise la dépendance aux réseaux sociaux et l’érosion des comportements civiques. De quoi interpeller les médias, en cette période très politique, sur la nécessité de redoubler de vigilance et de faire preuve d’un sens élevé des responsabilités.
Cela suppose de rester équilibré, équidistant des différentes formations politiques et soucieux d’une répartition équitable de la parole publique. C’est à cette condition qu’ils pourront garantir le pluralisme des idées, permettre aux citoyens de prendre des décisions éclairées lors des échéances électorales et, en définitive, assumer pleinement leur rôle de quatrième pouvoir indispensable au fonctionnement démocratique.
Mais il faut le reconnaître et c’est peut-être là un aveu d’impuissance : la situation actuelle n’incite guère à l’optimisme. Les légèretés observées dans le traitement de l’information sont de plus en plus préoccupantes. Peu d’acteurs semblent encore se soucier des règles et des principes qui encadrent la profession. Chacun agit à sa guise, persuadé qu’aucune autorité ne viendra rappeler à l’ordre ou sanctionner les dérives.
Et ce sont, au final, les citoyens qui en paient le prix. Les élections locales qui se profilent à l’horizon risquent d’aggraver davantage la situation, dans un contexte où le militantisme médiatique tend à devenir la norme. Une dérive qui menace la cohésion nationale en favorisant la propagation de fausses informations et de contenus de propagande, bien loin des exigences de l’éthique journalistique.
Or, on ne le dira jamais assez : le citoyen a plus que jamais besoin d’une information centrée sur les enjeux majeurs et concrets, d’une information qui rassemble davantage qu’elle ne divise.
abdoulaye.diallo@lesoleil.sn

