Le week-end dernier, des citoyens sénégalais ont porté sur les fonts baptismaux la Fondation « Mamadou Sall pour l’État de droit ». Disparu le 4 novembre 2022, Mamadou Sall fut un grand « commis » de l’État. Ancien administrateur civil, M. Sall a aussi été juge à la Cour suprême et inspecteur général d’État.
Selon ses promoteurs, la nouvelle fondation va accompagner, appuyer et valoriser toutes les initiatives, projets ou programmes qui concourent au renforcement et à la consolidation de l’État de droit et de la démocratie. « Nous avons jugé nécessaire de créer cette fondation parce qu’il existe aujourd’hui dans le monde une tendance qui cherche à démanteler l’État », explique le Professeur Samba Ndiaye, président de la fondation. Selon ce directeur de l’Unité de Formation et de Recherche des Sciences juridiques et politiques de l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis, « Partout où l’État est présent, des forces essaient de l’affaiblir pour installer l’anarchie et le chaos. Or, l’État de droit est le dernier rempart des citoyens pour la protection de leurs libertés ». Il est donc question pour eux de promouvoir les principes de l’État de droit au Sénégal et en Afrique dans le but de lutter contre le populisme et les régimes autoritaires susceptibles de nuire à la démocratie. En effet, les fondements d’une République démocratique et moderne passent par la consolidation de l’État de droit, la bonne gouvernance et la démocratie. Mouhamadou Ngouda Mboup, président du Conseil d’administration du Port, a rappelé que « L’État de droit est la charpente qui soutient l’édifice étatique. C’est ce qui lui permet de se tenir debout et de fonctionner avec rigueur. »
Ce sont donc là, trois préalables importants pour le vivre-ensemble. Cette fondation aura pour objectif, souligne Mamadou Yandé Touré, administrateur civil à la retraite et ancien gouverneur de région, de renforcer le commun vouloir des Sénégalais à vivre ensemble dans une société apaisée et où les droits de chaque citoyen seront garantis par la loi. Autant, il est important de protéger les citoyens, autant il est tout aussi important que ces derniers ne nuisent pas à la bonne marche de la société. C’est ici que le précepte de John Stuart Mill (1806-1873), qui a inspiré Rousseau (1712-1778), a tout son sens : « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ». La démocratie, explique M. Touré, ne veut pas dire faire ce que l’on veut, dire ce que l’on veut et aller où l’on veut. Il s’explique : « Il y a des règles qu’il faut exercer. La démocratie, c’est comme si on était dans un train. Lorsqu’il sort des rails, il déraille. Et lorsqu’il déraille, il y a des dégâts ».
Face aux dérives autoritaires, au populisme et aux fragilités qui traversent aujourd’hui l’Afrique de l’Ouest, le Sénégal doit préserver ce qui a longtemps fait sa singularité : la primauté de l’État de droit, le dialogue politique et le respect des institutions. Les Sénégalais ont le devoir de rester vigilants face à toute concentration excessive du pouvoir, quelle qu’en soit l’origine ou la justification. L’adhésion populaire à un projet politique ne doit jamais conduire à l’affaiblissement des contre-pouvoirs, de la justice indépendante, de la presse libre ou des libertés publiques. Dans un contexte sous-régional marqué par des instabilités institutionnelles, les tensions sécuritaires et les crises de gouvernance, la tentation du populisme peut apparaître séduisante. Mais, la maturité démocratique exige une culture du débat, de la responsabilité et du respect des règles communes. En juillet 2009, face au Parlement du Ghana, le président américain, à l’époque, Barack Obama, a affirmé que l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes telles que des parlements indépendants, une justice impartiale et une presse libre. En définitive, la stabilité durable ne repose pas sur des hommes providentiels, mais sur des institutions fortes, crédibles et respectées par tous. C’est à ce prix que le Sénégal pourra demeurer un modèle démocratique dans une sous-région en quête de repères.
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