Du 11 au 12 juin derniers, nous avons eu l’opportunité d’assister à Rabat, au Maroc, à la dixième édition de l’African Peace and Security Annual Conference (Apsaco) organisée par le think tank marocain Policy center for the new south (Pncs). Cette rencontre stratégique se veut un rendez-vous pour discuter des dynamiques sécuritaires et militaires en Afrique. Cette dixième édition a été ainsi une occasion pour faire le bilan d’une décennie de crises sécuritaires qui ont bouleversé tous les équilibres dans le continent africain.
C’est dans la partie ouest et généralement dans la zone du Sahel que sont ainsi concentrées les mutations les plus importantes de ces dix dernières années. Au-delà de la diversification des partenariats qui s’est opérée dans cette région, il y a aussi surtout l’irruption de la technologie qui est en train de redessiner une nouvelle cartographie sécuritaire. Ainsi, dans les débats de l’Apsaco où se sont retrouvés décideurs politiques, universitaires, chefs militaires, hommes de médias et de la société civile, cette nouvelle dimension des crises sécuritaires a été abordée. Du Soudan à la Libye en passant par le conflit en République démocratique du Congo (Rdc) et aussi dans le Sahel, l’utilisation de la technologie par les groupes belligérants, étatiques ou non étatiques, est en train de changer la donne. Dans le Sahel, des groupes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) ou l’État islamique au Sahel (Eis) ont, en effet, acquis de nouvelles méthodes de combat. Ce qui a reconfiguré les tensions sécuritaires dans beaucoup de pays. Avec l’usage des drones d’attaques, ces acteurs non étatiques se sont mis au même niveau que les États dans ce domaine.
La dernière attaque coordonnée du Jnim dans plusieurs villes maliennes avec la mort du ministre de la Défense, Général Sadio Camara, a montré comment ces groupes armés se sont renforcés techniquement. Sans pour autant changer la nature des menaces, les drones ont modifié certaines règles. Avec des drones peu couteux, parfois assemblés sommairement, ces groupes armés non étatiques sont capables de perturber la situation sécuritaire, à moindre coût. L’accès facile à ces outils compense ainsi l’asymétrie militaire, empêchant les États qui ont plus de moyens dans ce domaine, d’avoir des gains tactiques. Le conflit au Soudan où l’usage des drones s’est intensifié a ainsi montré que ces outils reconfigurent les guerres avec chaque partie qui peut s’en servir pour avoir de l’avance sur l’autre.
C’est pourquoi il est important, pour les États africains, d’aller vers une souveraineté technologique avec des investissements conséquents dans la production et l’innovation technologique locales, la cyberguerre, la guerre électronique afin de ne pas dépendre uniquement des solutions militaires conventuelles. Comme l’a montré le conflit russo-ukrainien et dans une moindre mesure, la guerre entre l’Iran et la coalition israélienne américaine, la technologie peut faire la différence et donner une certaine avance sur le théâtre des conflits. Avec les drones low-cost, la suprématie militaire peut être mitigée avec des engins de moindre coût qui peuvent réduire l’efficacité d’outils de haute technologie dont les prix avoisinent le million de dollars. Si dans cette dernière décennie, les mutations et autres évolutions ont été notées dans la situation sécuritaire, il est à espérer que la décennie à venir pourra permettre aux pays africains de se réajuster afin de juguler les menaces qui seront davantage plus présentes et prégnantes. C’est le message d’espoir qui a été lancé lors de la dixième édition de l’African Peace and Security Annual Conference (Apsaco). oumar.ndiaye@lesoleil.sn


