Écrire ou ne pas écrire ? Dire ou ne pas dire ? Ces interrogations sont devenues légitimes et nécessaires dans le Sénégal d’aujourd’hui. Surtout si une question politique est abordée ou esquissée. Le choix des sujets, des thèmes… reviennent dans l’ordonnancement des mots et des maux qui nous habitent aujourd’hui dans ce pays.
Seulement, toute tournure, entourloupe reste la cible de critiques qui ne mesurent pas la portée ou pertinence du sujet, mais est simplement lue sous le prisme de la partisanerie ou de l’appartenance politique qui ramène tout à un débat de personne. Il est notable que l’intolérance nous habite depuis quelques années, mais elle va crescendo au rythme des alliances, coalitions, atermoiements politiques. Presque plus personne n’est à l’abri des critiques. Il suffit juste d’un tour sur les réseaux sociaux pour se rendre compte qu’il semble bien évident que ceux qui vous lisent ou écoutent se préparent minutieusement à des attaques politiques si tant est que vous vous en prenez à leur leader ou obédience politique. Leur posture est celle d’un flibustier qui vous guette avant de dégainer parce que simplement vous avez remis en cause, attaqué, les contradictions, errements, reniements politiques…de leur responsable. Illustrant bien l’assertion selon laquelle que dans les débats, les gens ne vous écoutent pas pour comprendre, mais juste pour répliquer.
Ceux qui s’engagent en politique, à défaut de présenter un sauf-conduit moral et éthique, doivent s’attendre à toutes sortes de critiques et de tirs visant à relever leurs défauts, leurs contradictions, mais également leurs capacités propres à diriger les affaires de la cité. Il semble bien qu’ils le savent pourtant, mais ils comptent très souvent sur l’« amnésie » des populations à vite oublier les promesses. Aussi, les discours des politiques semblent très cohérents et pertinents quand ils sont dans l’opposition. Ce n’est qu’une fois au pouvoir que ces politiques vont à l’encontre de leurs promesses. Faisant dire à un écrivain que les « maladies du pouvoir s’attrapent par les fesses » pour signifier qu’une fois assis sur le fauteuil, l’élu oublie ses promesses.
Pour en revenir aux militants (pas sûr que le terme soit approprié puisqu’un militant subit une formation et est préparé aux enjeux majeurs pour faire avancer son pays), il est dommage qu’aujourd’hui le débat tourne autour de personnes et non sur les engagements politiques, leurs réalisations, manquements, limites… Tout leader politique qui parvient au pouvoir ne devrait être jugé et critiqué qu’à l’aune des engagements qu’il a pris, même si les « promesses politiques n’engagent que ceux qui y croient ». Et quand il quitte le pouvoir, son bilan devrait être fait qu’à la lumière de ses réalisations. Le plus dramatique est que la force de l’argumentaire cède la place à l’invective, à l’insulte. Que de réactions grégaires et épidermiques !
Plus d’envie de lire qui que ce soit sur la question politique, toujours émaillée de parti pris. Ce qui pose également le problème de l’objectivisme dans nos jugements et appréciations. Nous avons beau vouloir être cohérent dans notre ligne de conduite, mais il semble toujours que le subjectivisme qui entoure notre démarche ne soit perceptible que par les autres et non par nous-mêmes. Il est aussi désolant que des intellectuels soient mentalement enchaînés dans un militantisme qui les empêche d’avoir des analyses lucides et éclairées au profit du peuple qui a contribué à leur formation. Mais plutôt à ne penser qu’à leur parti ou leader et à un tremplin sans pour autant se soucier des conséquences de leur engagement et position dans la vie de la République. ibrahimakhalil.ndiaye@lesoleil.sn

