Lors de la 39ème session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, les 14 et 15 février derniers à Addis-Abeba, il n’était pas seulement question de discuter des enjeux liés à l’eau et à l’assainissement. Les ruptures anticonstitutionnelles qui minent la vie politique dans plusieurs pays africains, surtout en Afrique de l’Ouest, ont également été abordées.
Président en exercice sortant de l’Union africaine, le chef de l’État angolais, João Lourenço, qui a passé la main à son homologue burundais Évariste Ndayishimiye, a mis en garde lors de ce sommet contre toute tentative de légitimation de régimes issus de putschs à travers l’organisation de processus électoraux ultérieurs qui ne garantiraient ni transparence, ni inclusivité, ni respect strict de l’ordre constitutionnel. « Aucune élection ne saurait servir de mécanisme de validation d’une rupture anticonstitutionnelle. La restauration de l’ordre constitutionnel doit demeurer la priorité absolue », a-t-il déclaré. Ces positions de principe sont partagées avec Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, qui affirme que l’institution panafricaine n’aura aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels. Ces déclarations d’intention se heurtent toutefois à une réalité tangible. Depuis 2020, il n’a pas été possible de faire échec à toutes les tentatives de ruptures anticonstitutionnelles par les armes, si ce n’est au Bénin. En Afrique de l’Ouest, en quatre ans, quatre coups d’État ont été recensés au Mali, au Burkina Faso, au Niger et en Guinée. Cette poussée de fièvre se présente avec les mêmes signes avant-coureurs et les mêmes symptômes. Un véritable phénomène de vases communicants. Du Mali au Niger, en passant par le Burkina Faso, la même raison est invoquée pour justifier la prise du pouvoir par les militaires.
La détérioration de la situation sécuritaire face au terrorisme djihadiste, comme si cette question n’était pas de la responsabilité des forces de défense et de sécurité dont la mission principale est de défendre l’intégrité territoriale. Ce n’est pas seulement en Afrique de l’Ouest que ce phénomène a pris racine. En Afrique centrale également, une prise du pouvoir par les militaires a été constatée. Face à cette nouvelle tendance, il sera difficile de trouver un garrot capable d’arrêter cette hémorragie de ruptures anticonstitutionnelles sans traiter d’autres maux sous-jacents, comme la non limitation des mandats. Ainsi, si l’Union africaine veut trouver des remèdes à ce nouveau mal qui affecte l’évolution politique des pays africains, elle ne devra pas se contenter de poser un simple pansement sur la plaie des coups d’État. Tant que les révisions constitutionnelles visant à faire sauter le verrou de la limitation des mandats resteront la règle et non l’exception, il sera difficile de créer une dynamique capable de barrer la route à ceux qui utilisent les armes pour prendre le pouvoir.
D’autant plus que d’autres se servent des urnes pour se maintenir à la tête des États. L’exemple le plus éloquent est celui du pays d’origine du président de la Commission de l’Union africaine, Djibouti. Au pouvoir depuis 1999, Ismaïl Omar Guelleh a été réélu à plusieurs reprises et s’apprête à briguer un nouveau mandat en avril prochain. Le président djiboutien n’est pas le seul chef d’État africain dans ce cas. Tant que ces pratiques persisteront, le défi de l’Union africaine de mettre fin aux ruptures anticonstitutionnelles restera un vœu pieux.
oumar.ndiaye@lesoleil.sn


