«Nous avons un taux de prévalence nationale du handicap qui est estimé à plus de 7 % au Sénégal. Mais nous n’avons seulement que 4 écoles publiques spécialisées, toutes centralisées et concentrées entre Dakar et Thiès. L’ambition du ministère est de pouvoir avoir des écoles spécialisées dans chaque région, ce qui implique également la mise à disposition de supports pédagogiques adaptés à ces enfants en situation de handicap ».
Cette situation ahurissante, présentée par Médoune Thiam, conseiller du ministre de l’Éducation nationale, lors du Conseil interministériel tenu sur la rentrée scolaire le vendredi 3 octobre 2025, en dit long sur le défi de la prise en charge scolaire, par l’État, des enfants en situation de handicap. Ces 4 écoles sont l’Institut national d’éducation et de formation des jeunes (Inefja), le Centre verbo-tonal (Cvt), le Centre Talibou Dabo et le Centre d’éducation et de formation pour enfants déficients intellectuels (Cefdi).
Même si parallèlement, on peut ajouter d’autres structures qui offrent des services aux enfants en situation de handicap comme le service de pédopsychiatrie Keur Khaleyi de Fann, École Ephphata de formation des enfants sourds, Coriph, Centre Aminata Mbaye pour enfants déficients intellectuels, Centre Estel et Centre l’Abri de Ouakam et des Ong.Seulement 4 grands centres publics, cela est inquiétant. D’ailleurs, l’Unicef fait remarquer qu’en 2024, au Sénégal, près de deux enfants à besoins spécifiques sur trois, soit 66 %, n’ont accès à aucune offre éducative ou de formation délivrée par des établissements publics ou des centres spécialisés. Les centres spécialisés sont peu nombreux et sont, pour la plupart, concentrés à Dakar et bénéficient rarement de subventions.
Cet état de fait, poursuit l’Unicef, peut s’expliquer par deux poids lourds à porter : la stigmatisation et l’exclusion qui résultent de multiples facteurs souvent complexes et combinant des déterminants liés aux parents qui les isolent de la société, à la communauté et aux établissements non accessibles, en grande partie à cause du regard porté sur le handicap. En outre, l’offre de prise en charge est largement inadaptée, notamment quand il s’agit de la prise en charge des déficiences considérées comme sévères (enfants affectés par des déficiences sensorielles, aveugles, sourds-muets) et/ou intellectuelles. Le pire, poursuit l’Unicef, ils sont exposés à diverses formes de violences, d’abus et d’exploitations et rencontrent des difficultés d’accès aux services sociaux comme les systèmes de santé et de protection sociale. (Cf. https://www.unicef.org, Rapport 2024).
Ceux qui ont accès à l’éducation ont de moins bons acquis et résultats scolaires que les enfants non handicapés
Et d’après l’Ong Sighsavers, malgré les efforts, les études ont montré qu’au Sénégal, les enfants handicapés sont deux fois plus susceptibles de n’avoir jamais été scolarisés. Ceux qui ont accès à l’éducation ont de moins bons acquis et résultats scolaires que les enfants non handicapés. (Cf. Sighsavers : L’éducation inclusive au Sénégal : compte rendu de la phase 2, février 2024). Un phénomène lié au manque de formation des enseignants à la prise en charge de cette catégorie d’enfants. Ce que confirme l’Unicef. Selon l’organisme onusien, le nombre d’enseignants formés à la pédagogie inclusive était limité et le nombre de sessions de formation pour les enseignants était insuffisant pour développer pleinement leurs aptitudes et leurs compétences afin d’aider les enfants déficients dans les écoles ordinaires.
Autant dire que la réalisation d’une éducation inclusive est presque une gageure au Sénégal. Pourtant, le ministère de l’Éducation s’est longtemps doté d’un document d’orientation de l’éducation inclusive pour l’enseignement élémentaire : « Examen national 2015 de l’éducation pour tous » (Ept) qui réaffirme l’engagement du pays pour l’éducation inclusive, en s’appuyant sur la Loi d’orientation sociale de 2010 qui garantit la scolarisation gratuite des enfants handicapés. Le programme Nithe (Nouvelle initiative pour la transformation humaniste de l’éducation), lancé par les nouvelles autorités et qui est une vision qui garantit à tous les enfants – quels que soient leurs besoins, handicaps ou particularités – une scolarisation équitable, doit accorder une attention particulière à cette frange de la population.
daouda.mane@lesoleil.sn

