C’est fou comme le Sénégal est inspirant chez nombre de nos frères africains. Ou plutôt combien la vie politique et ses développements captivent et suscitent un suivi et une attention particulière chez ces frères. Aux appels et demandes répétés pour essayer de décortiquer la situation politique actuelle ou de démêler ses enchevêtrements succèdent les inévitables questions : êtes-vous pro-Diomaye ou pro-Sonko ? Comment entrevoyez-vous l’évolution de la situation ? Pourquoi en est-on arrivé là ? Des questions pour requérir votre avis, mais la vérité est que nombre d’entre ceux qui vous interpellent sur la situation ont choisi l’un des leaders politiques. À la popularité de Sonko, vu par certains comme un panafricaniste, d’autres opposent la lucidité de Diomaye perçu comme un sage qui n’est pas dans la tautologie.
L’évidence est que le Sénégal reste toujours un exemple au-delà des promesses que le régime venu au pouvoir en 2024 a incarné. Ce ticket gagnant de jeunes avait suscité de nombreux espoirs au Sénégal.
Comme au-delà. Il est pourtant constant chez les masses africaines que le choix des pays de l’Alliance pour les États du Sahel (Aes) de rompre avec certaines puissances néo-coloniales pour aller vers une indépendance réelle est largement partagé et approuvé. Même si les moyens et la voie suivis peuvent ne pas susciter une adhésion totale.
Pour le Sénégal, un îlot de stabilité qui n’a jamais connu de coup d’État militaire, l’exemple reste une exception. Et à suivre. D’autant plus que dans ce pays des alternances politiques surviennent au plus haut niveau (2000, 2012, 2024).
Le Président Senghor avait laissé volontairement le pouvoir, le 31 décembre 1980, tout comme le Président Ahmadou Ahidjo au Cameroun a quitté la présidence le 4 novembre 1982 après 25 ans de présidence. Contrairement au Cameroun, le Sénégal a connu quatre chefs d’État. Des scrutins démocratiques se tiennent donc au pays de Senghor à date échue et les populations parviennent à choisir leurs dirigeants.
Aussi, vous avez beau expliquer aux frères africains que l’exemple de la démocratie du Sénégal ne l’exempte nullement de soubresauts consubstantiels au cheminement démocratique. La démocratie, en tant que système, vit surtout de chocs d’ambitions entre ses différents animateurs qui veulent tous parvenir au pouvoir. Loin d’être un système irréversible, les acquis d’une démocratie peuvent s’éroder si l’on n’y prend garde.
Aussi, nous pouvons, sans risque de nous tromper, affirmer à l’instar de Jean Rostand que la « faiblesse des démocraties, c’est qu’il leur faille, trop souvent se renier pour survivre ». Platon, mettant en garde contre la démagogie et les excès de la liberté qui mènent inévitablement à l’oppression, disait que «la tyrannie dérive de la démocratie ». Winston Churchill qualifiait la démocratie de « pire forme de gouvernement à l’exception de toutes les autres qui ont été essayées au fil du temps ».
Aussi, dans le cas du Sénégal, les assurances à donner aux amis d’Afrique seraient dans la dynamique de leur rappeler le bon fonctionnement des institutions. Mais aussi le respect du calendrier électoral, des mandats présidentiel et législatif, de la séparation des pouvoirs. Et qu’en définitive, le peuple, seul souverain se donnera toujours les moyens d’indiquer la voie à suivre.
Une autre force du Sénégal réside dans sa capacité à dépasser ses contradictions par le dialogue, que ce soit entre politiques ou avec l’implication de guides religieux ou de membres de la société civile. Il s’y ajoute que les médias constituent des espaces d’échanges entre acteurs. En somme, c’est cela le génie sénégalais. Pourvu que cet exemple et ce génie sénégalais fassent toujours rêver.
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