Le nombre de centimètres laissés sur une chevelure, la manière dont les cheveux sont coiffés ou assumés peuvent encore aujourd’hui être à l’origine de polémiques aux conséquences parfois démesurées, même si, dans le cas présent, elles sont heureusement limitées. Les femmes, et particulièrement les Africaines, continuent d’être apostrophées, questionnées et parfois jugées à travers leur apparence capillaire.La dernière polémique en date concerne la ministre des Sports, Djirèye Clotilde Coly, lors de la cérémonie de passation de service avec sa prédécesseure, Khady Diène Gaye. Sa coiffure, jugée par certains comme n’étant « pas assez sénégalaise » ou trop éloignée de certains codes traditionnels, a suscité commentaires et critiques. Sa coiffure, loin d’être une rupture avec l’Afrique, peut au contraire être comprise comme une expression de la diversité esthétique africaine. Là où certaines femmes sont libres de porter des perruques, des extensions ou d’autres artifices capillaires, d’autres font le choix de porter leurs cheveux plus courts.
Coupé en quatre, le cheveu est une affaire d’esthétique, mais parfois aussi de politique.
La romancière nigériane Chimamanda Ngozi Adichie en est convaincue. Elle en consacre une large partie dans Americanah, son best-seller paru en 2013. Dans Blues pour Élise, publié quelques mois plus tôt, la Camerounaise Léonora Miano fait un constat similaire en écrivant que les « femmes d’ascendance subsaharienne sont les seules à avoir été radiées de la douceur » à cause de leurs cheveux crépus. « C’est une angoisse transmise à leurs filles dès le vagissement », écrit-elle.
La tignasse, la coiffe, le chignon, la toison, le postiche ou encore la crinière peuvent avoir une profondeur symbolique qui dépasse leur simple apparence. Pour démontrer l’origine noire de l’Égypte antique, le professeur Cheikh Anta Diop analysait dans Nations nègres et culture (Présence africaine, 1954) que l’observation des représentations anciennes confortait l’affirmation d’Hérodote selon laquelle les anciens Égyptiens avaient les cheveux crépus. L’historien sénégalais fondait notamment son argumentaire sur la ressemblance entre les « coiffures artificielles des femmes » de l’Égypte ancienne et celles portées dans plusieurs sociétés d’Afrique noire.
« On pourrait en effet se demander, à juste titre, pour quelles raisons une femme blanche qui aurait une belle chevelure naturelle masquerait celle-ci sous la coiffure grossière artificielle de l’Égyptienne. Il faudrait au contraire voir en celle-ci les soucis constants de la femme noire que le problème des cheveux a toujours préoccupée », écrivait-il. Il est d’ailleurs aisé de retrouver des coiffures traditionnelles wolof, comme le Diéré ou le Djimbi, dans certaines représentations iconographiques entourant les hiéroglyphes.
Un rapide échange avec ma mère, spécialiste des coiffures traditionnelles par la seule légitimité du vécu — excusez du peu —, m’éclaire davantage. « La coiffure Diéré était réalisée avec du yoss », explique l’experte familiale. Cette fibre naturelle, souvent de laine ou d’origine végétale, était teinte, tissée puis façonnée avec les cheveux, qu’ils soient courts ou longs. Alors que la coiffure Djimbi, « souvent ornée de perles, était faite de tresses qui entouraient l’ensemble de la tête et descendaient sur le visage, la nuque et les côtés ». Ces coiffures ont longtemps coexisté avec d’autres, plus courtes et sans artifices, dans de nombreuses cultures africaines, sans que cela ne soulève le moindre poil de polémique.
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