Depuis le début des bombardements israélo-américains contre l’Iran, le pays des Cèdres apparaît comme l’un des principaux dommages collatéraux des conflits au Moyen-Orient. Depuis le 28 février, Israël semble vouloir profiter de cette crise avec l’Iran pour s’arroger une zone de sécurité, ou tampon, entre la frontière israélienne et le fleuve Litani. Cette volonté d’expansion israélienne au Sud-Liban est vivement contestée par le Hezbollah. La milice libanaise proche de Téhéran, que les experts avaient jugée affaiblie après la décapitation de son commandement avec l’assassinat de son leader Hassan Nasrallah (27 septembre 2024) et l’opération des « Bipeurs » et des Talkies-Walkies (17 et 18 septembre 2024), semble avoir repris du poil de la bête.
Repris en main par les Gardiens de la Révolution (Force Al-Qods), qui ont réorganisé son commandement, le mouvement chiite fait subir de lourdes pertes à l’armée israélienne grâce à l’usage de drones filaires.Cette dernière, à coups de frappes aériennes et d’incursions, veut instaurer un « no man’s land » jusqu’au fleuve Litani pour sécuriser sa frontière nord, constamment frappée par les missiles et les drones du Hezbollah. Depuis le 2 mars, date marquant la fin de la trêve entre le Hezbollah et Israël, cette nouvelle guerre au Liban a été marquée par des frappes israéliennes ayant fait 3.666 morts, selon le dernier bilan des autorités publié le mardi 9 juin.
Téhéran exige que tout accord avec Washington pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient englobe la fin des hostilités sur le front libanais. De son côté, Benyamin Netanyahou, Premier ministre israélien, en lice pour sa réélection, souhaiterait obtenir « le scalp » du Hezbollah après avoir échoué à renverser le régime iranien et à mettre fin à son programme nucléaire et balistique. Le principal point d’achoppement demeure le désarmement du Hezbollah, créé en 1982 par l’Iran en réponse à l’invasion israélienne d’un Liban alors en proie à une guerre civile entre factions confessionnelles (milices chrétiennes, druzes et sunnites).
Cette énième tragédie illustre le drame géopolitique qui frappe le Liban. Le territoire a longtemps été le terrain de jeu et de bataille des puissances régionales, chacune tentant d’y étendre son influence : Israël contre la Syrie jusqu’en 2005, puis Israël contre l’Iran depuis 2006. Depuis l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri en 2005, le Liban traverse une profonde crise politique.
La guerre civile en Syrie (2011-2024) a également provoqué une grave crise humanitaire avec l’afflux de réfugiés syriens, accentuant la crise économique profonde du pays. Le Hezbollah, qui dispose aussi d’une aile politique, est devenu la principale force politique au Liban après sa victoire contre Israël en 2006. Dans une démocratie confessionnelle, le Hezbollah, qui représente la minorité chiite, prédomine sur la scène politique, s’alliant même avec les chrétiens du parti de l’ancien président Michel Aoun. La force des Nations unies au Liban (Finul), basée au Sud-Liban, et l’armée libanaise sont incapables de protéger les civils et de faire respecter le cessez-le-feu.
Le retour d’une « normalité » au Liban passe par une « finlandisation » complète du Liban, avec une reconnaissance de sa frontière sud au-delà du fleuve Litani via un traité international garanti par les Nations unies et des puissances comme la France et les États-Unis. Par ailleurs, l’arrêt de la violation de son espace aérien par l’aviation israélienne doit constituer l’une des bases d’un accord de paix. Depuis la chute de Bachar al-Assad, le Liban sert de couloir de passage pour l’État hébreu qui, via la Syrie, frappe le territoire iranien. Enfin, la communauté internationale doit organiser la montée en puissance de l’armée libanaise, qui pourrait intégrer les forces du Hezbollah pour former une force nationale unifiée. Le retour à la paix doit impliquer des garanties de sécurité de la part de la Ligue arabe, des États-Unis et de la France.
Mamadou Makhfouse NGOM

