Une vidéo aperçue récemment sur TikTok a retenu mon attention. On y découvre une machine capable de transformer instantanément une eau fortement polluée en eau potable, sans électricité ni produits chimiques. Grâce à un procédé combinant nano-filtration et osmose inversée, elle élimine métaux lourds, pesticides et autres contaminants tout en préservant les minéraux essentiels à la santé. Au-delà de la prouesse technologique, cette innovation rappelle une vérité que dans chaque solution révolutionnaire se cachent des années de recherche, d’expérimentation et d’investissement dans la science. Testée avec succès sur l’eau de la Marne, l’un des cours d’eau les plus pollués de France, cette technologie démontre que les grands défis environnementaux peuvent être relevés lorsque la recherche est placée au cœur des politiques publiques. Cette leçon mérite d’être méditée au Sénégal, où l’Objectif de développement durable n°6 vise à garantir l’accès de tous à l’eau potable et à l’assainissement d’ici 2030. Si des progrès ont été réalisés, les défis restent considérables. Selon une étude de la Banque mondiale publiée en 2022, les eaux souterraines fournissent près de 85 % de l’eau potable du pays. Or, ces ressources sont aujourd’hui menacées par la surexploitation, la pollution et les effets du changement climatique.
Le constat est préoccupant. La demande en eau augmente sous l’effet de la croissance démographique et de l’urbanisation. Dans certaines zones, les nappes subissent une intrusion saline, tandis que les eaux de surface sont exposées à diverses formes de pollution. Le lac de Guiers, source stratégique pour l’alimentation en eau de plusieurs localités, fait lui aussi face à des pressions croissantes (nous y reviendrons prochainement).
Face à cette réalité, construire davantage de forages ou de canalisations ne suffira pas. Le Sénégal doit également investir dans l’intelligence, l’innovation et la recherche appliquée. La Banque mondiale recommande d’ailleurs de diversifier les sources d’approvisionnement à travers la réutilisation des eaux usées traitées, le développement de ressources non conventionnelles comme le dessalement de l’eau de mer et une meilleure valorisation des eaux pluviales. Si pour le dessalement, l’usine des Mamelles sera mise en service dans quelques mois, le début des travaux de celle de la Grande côte est aussi annoncé à Tivaouane Peulh.
Mais il faut des chercheurs, des laboratoires, des financements et une véritable volonté politique. Nos universités, centres de recherche et écoles d’ingénieurs, disposent des compétences nécessaires pour développer des technologies adaptées aux réalités sénégalaises. Les réponses aux défis du Saloum, du lac de Guiers, de la vallée du fleuve Sénégal ou des zones côtières menacées par l’érosion ne viendront pas toujours de l’étranger. Elles peuvent aussi naître dans nos laboratoires.
Les pays qui ont réussi leur transformation économique ont compris que la recherche n’est pas une charge budgétaire, mais un investissement stratégique. Dans un monde confronté au stress hydrique, la maîtrise des technologies liées à l’eau devient même une question de souveraineté. L’atteinte de l’Odd 6 dépendra donc autant de la qualité des infrastructures que de notre capacité à produire des connaissances et des innovations. Il faudra donc appliquer la directive de l’Union africaine afin de consacrer 1% du budget national à la recherche. Faute de quoi, on se va encore pendant longtemps se contenter de la célèbre formule du Général de Gaulle : « Des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; des chercheurs qui trouvent, on en cherche. »
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