La fête des Pères, célébrée le dimanche 21 juin en France et dans plusieurs régions du monde, est passée presque inaperçue dans notre pays. Elle n’a pas été aussi médiatisée que celle des mères. Question de culture ou de réflexe ? Les positions sont mitigées, et quelques voix masculines ont dénoncé l’invisibilisation de la touche masculine dans l’éducation des enfants.
Chaque année, des messages sont envoyés de partout pour célébrer ces femmes qui s’évertuent à éduquer des générations de citoyens modèles ou à contribuer à l’émergence d’une bonne conscience citoyenne. Qu’elles soient mères, sœurs, tantes ou simplement tutrices, on leur rend un hommage appuyé en cette occasion. Et cet hommage est bien mérité.
Elles sont nombreuses, les femmes, à diriger des familles monoparentales à un moment où l’homme préfère parfois fuir ses responsabilités. Certains esprits rigides vont jusqu’à souligner « que la mère est l’artisan du succès ou de l’échec de l’enfant ». Quelles que soient les difficultés, les femmes ont tendance à se retrousser les manches ou à s’oublier pour le bien-être de leurs enfants.
En hommage aux sacrifices consentis par ces socles de toute société humaine, les réactions sont généralement spontanées. La ferveur ne semble pas être la même lorsqu’il est question de célébrer les pères. Pourtant, ils sont légion, ces merveilleux papas qui sont considérés à vie comme des héros et des modèles inspirants par leurs enfants. Ils ont été au début et à la fin de leur réussite, consentant à un énorme investissement pour maximiser leurs chances de succès.
Mais ce timide engouement se justifierait, selon certains chercheurs, par des facteurs culturels : dans certains pays africains, pour imposer le respect et bien incarner leur statut de chef de famille, certains pères ont préféré cultiver la distance ou afficher une mine sévère afin d’instaurer l’ordre et la discipline dans leur foyer.
Dans l’étude intitulée « Le père, ce mal-aimé. Une analyse socio-anthropologique sur la figure paternelle en Afrique », disponible en ligne, des explications claires sont fournies. L’auteur y explique le rôle important joué par le papa dans la construction de la personnalité de l’enfant, soulignant que l’absence de cette figure paternelle peut avoir des impacts négatifs sur la psychologie de ce dernier.
Or, il est démontré qu’en raison des lourdes charges financières et sociales qui leur étaient imposées, beaucoup de papas ont fini par créer une distance physique et émotionnelle avec leurs enfants, au moment même où la maman, plus présente, avait cette capacité de combler le vide affectif et d’être plus attentionnée.
Il s’y ajoute aussi qu’en Afrique, les fonctions majeures assignées au père consistent, entre autres, « à établir des limites personnelles entre la mère et l’enfant ; promouvoir l’autodiscipline, le travail d’équipe et le sens de l’identité de genre et à offrir une fenêtre sur le monde plus vaste », souligne l’étude précitée.
Dans ce sillage, bon nombre de figures paternelles ont joué un rôle crucial dans le développement de l’enfant. Les attentes restent élevées dans les sociétés africaines. « Le père est une figure complexe de par sa fonction protectrice et éducatrice, et plus particulièrement sur le continent africain, car le père ne doit pas montrer ses émotions qui témoignent des failles qu’il y a en chacun de nous ».
Cette réalité, relevée par l’auteur, a traversé plusieurs générations. La tradition africaine a longtemps voulu que le papa affiche moins de douceur. Il lui a souvent été recommandé d’opter pour la fermeté, mais aussi d’être « celui qui lutte contre trop de permissivité et trop de liberté au sein de la cellule familiale ».
Du coup, il est arrivé que des enfants se sentent naturellement plus proches de leur maman que de leur père, alors même que ce dernier a joué un rôle central dans leur équilibre et leur réussite sociale. Certains ont fini par garder de leur papa l’image du « Père Fouettard », du nom de cette représentation caricaturale qui en faisait la terreur des enfants autrefois.
Résultat : même s’ils se sentent profondément redevables envers un papa qui leur a inculqué une importante capacité de discernement, des enfants optent souvent pour mille et une autres manières, plus discrètes, de leur témoigner leur gratitude.
Ils sont nombreux ces papas qui méritent une fière chandelle de la part de la nation…
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