Chaque Coupe du monde a ses favoris. Mais en 2026, les consultants, anciens joueurs et journalistes ne sont plus les seuls à faire des prédictions. Les algorithmes et modèles d’intelligence artificielle se sont invités dans le débat, multipliant les simulations pour tenter d’anticiper le futur champion du monde.
Les systèmes de prédiction modernes s’appuient sur des millions de données : résultats historiques, classements FIFA et Elo, performances individuelles, valeur des effectifs, statistiques offensives et défensives ou encore forme récente des équipes. À partir de ces éléments, des modèles probabilistes simulent le tournoi des milliers, voire des centaines de milliers de fois. Le célèbre supercalculateur d’Opta, qui a effectué 25.000 simulations avant le début du tournoi, plaçait l’Espagne comme favorite avec 16,1 % de chances de remporter le trophée. Derrière elle figuraient la France, l’Angleterre et l’Argentine. D’autres modèles arrivent à des conclusions légèrement différentes.
Certains désignent l’Argentine comme future championne, tandis que d’autres voient la France ou même les Pays-Bas créer la surprise. Contrairement à une idée répandue, il n’existe pas « une » intelligence artificielle capable de prédire le football. Chaque modèle utilise ses propres critères et pondérations. Certains privilégient les statistiques collectives, d’autres accordent davantage d’importance à la valeur marchande des effectifs ou aux performances récentes. Les plus sophistiqués intègrent même les blessures, la fatigue des joueurs ou les probabilités de qualification à chaque tour. Les prédictions divergent souvent. Là où un modèle voit l’Argentine soulever le trophée, un autre imagine une victoire espagnole ou sénégalaise.
Malgré leur puissance de calcul, les IA se heurtent à une réalité : le football reste imprévisible. Les modèles peinent notamment à anticiper les surprises, les exploits individuels, la pression psychologique ou encore les décisions arbitrales qui peuvent faire basculer une rencontre. Plusieurs développeurs de modèles reconnaissent que les matchs nuls et les scénarios inattendus demeurent les principales sources d’erreurs. L’histoire de la Coupe du monde regorge d’ailleurs de résultats qu’aucun algorithme n’aurait osé prévoir : le sacre du Maroc dans le dernier carré en 2022, les éliminations précoces de favoris ou les parcours inattendus de nations outsiders. Les experts s’accordent aujourd’hui sur un point : les algorithmes ne prédisent pas l’avenir. Ils évaluent des probabilités.
Ainsi, lorsque l’IA annonce que l’Espagne possède 16 % de chances de gagner le Mondial, cela signifie surtout que, dans des milliers de simulations, elle ressort plus souvent gagnante que ses rivales. Mais dans plus de 80 % des cas, c’est une autre équipe qui finit championne. La véritable valeur de ces outils réside donc moins dans leur capacité à désigner le vainqueur que dans leur aptitude à décrypter les forces en présence et à mesurer les tendances d’un tournoi toujours capable de déjouer tous les calculs.
cheikh.tidiane.ndiaye@lesoleil.sn

