Quand un dirigeant trébuche, l’explication est souvent toute trouvée : ce n’est pas lui, c’est son entourage. De la lutte à la politique, des administrations aux entreprises, cette vieille rengaine sert parfois davantage à absoudre le chef qu’à analyser ses responsabilités.
L’actualité récente autour de l’arrestation du lutteur Liss Ndiago dans une affaire présumée de drogue a suscité de nombreux commentaires. Parmi eux, un m’a particulièrement interpellé : « Liss moom amul entourage ».
Autrement dit, Liss serait victime de son entourage. Cette phrase, nous l’avons tous entendue un jour. Elle traverse les générations, les milieux et les époques. Elle est même consacrée par la sagesse populaire wolof : « Buur bonul, dagg yé aay » (le roi n’est jamais mauvais ; ce sont ses courtisans qui le sont). Une formule séduisante, presque rassurante.
Elle permet de préserver l’image du chef en rejetant les fautes sur ceux qui gravitent autour de lui. Mais à force de l’entendre, une question finit par s’imposer : jusqu’où peut-on innocenter un leader au nom de son entourage ? Des palais présidentiels aux directions générales, des partis politiques aux mouvements associatifs, du sport aux affaires, le même réflexe revient.
Lorsqu’une décision est contestée, lorsqu’un scandale éclate ou lorsqu’un responsable semble s’égarer, la responsabilité est aussitôt déplacée vers les conseillers, les proches ou les collaborateurs. Comme si le chef n’était qu’un simple spectateur de son propre pouvoir. Pourtant, un entourage ne tombe pas du ciel. Le dirigeant le choisit, le façonne, le protège et, souvent, l’impose aux autres.
Ce sont rarement les collaborateurs qui désignent le leader ; c’est presque toujours le leader qui sélectionne ses collaborateurs. Dès lors, peut-on réellement dissocier l’un de l’autre ? L’histoire montre que le pouvoir exerce une attraction dangereuse : celle de la flatterie.
À mesure que l’autorité grandit, les voix sincères s’éloignent, les critiques deviennent suspectes et les alertes sont perçues comme des attaques. Peu à peu, le cercle se referme autour du dirigeant jusqu’à lui renvoyer l’image qu’il souhaite voir de lui-même. L’écrivain André Malraux observait que les hommes de pouvoir finissent souvent par n’entendre que l’écho de leur propre voix. C’est là que commence le véritable danger : non pas l’existence d’un mauvais entourage, mais l’incapacité du leader à s’en affranchir. Bien sûr, aucun responsable ne peut tout voir ni tout contrôler. L’influence de l’entourage est réelle. Les conseillers orientent, les proches suggèrent et les collaborateurs filtrent l’information.
Mais la valeur d’un dirigeant se mesure précisément à sa capacité à distinguer le bon conseil du mauvais, la loyauté de la flagornerie, la compétence de l’opportunisme.
Faire de l’entourage le coupable idéal de tous les échecs est donc une facilité. Car, lorsque vous maintenez auprès de vous des personnes contestées, lorsque vous ignorez les alertes répétées ou choisissez de fermer les yeux, une part de responsabilité vous revient inévitablement.
Le leadership ne consiste pas seulement à récolter les honneurs lorsque tout va bien. Il consiste aussi à assumer les conséquences de ses choix, y compris celui de ses compagnons de route.
Alors, si Liss Ndiago a choisi ceux qui l’entourent, pourquoi seraient-ils les seuls à être montrés du doigt lorsque survient la tempête ?


