Un but. Un seul. Celui de feu Pape Bouba Diop à la 30e minute de jeu, sur un centre d’El Hadji Diouf, au matin du 31 mai 2002 à Séoul. Un but entré dans l’histoire. Ce jour-là, le champion du monde français en titre tombait dès le premier tour et le Sénégal, pour sa première participation à une Coupe du monde, se hissait jusqu’en quarts de finale. L’Afrique découvrait alors qu’elle pouvait faire plus que participer : elle pouvait bousculer la hiérarchie.
Vingt-quatre ans plus tard, Français et Sénégalais se retrouvent au MetLife Stadium dans cette coupe aux Amériques, dans le New Jersey. Pour les Bleus, il reste une cicatrice à effacer. Pour les Lions, une vérité à rappeler : ce qui s’est passé en 2002 n’était pas un accident.
Mais il faut être lucide. Aussi prestigieuse soit-elle, cette affiche n’est pas forcément celle qui décidera du sort du groupe I. C’est même un rendez-vous qui peut se transformer en piège. Car derrière la France se dressent encore la Norvège et l’Irak. Les Scandinaves, outsiders crédibles, possèdent assez d’expérience et d’organisation pour compliquer la tâche de n’importe quel adversaire. Pape Thiaw le sait : une victoire contre les Bleus offrirait une formidable dose de confiance, mais sacrifier trop d’énergie avant les deux autres rencontres serait une erreur. Dans ce qui est considéré comme l’un des groupes les plus relevés du tournoi, chaque détail compte.
Pour revenir l’analyse tactique de cette rencontre, Didier Deschamps, fidèle à ses principes, devrait s’appuyer sur ses schémas préférés, le 4-2-3-1 ou le 4-2-4. Avec toujours cette même idée : protéger une défense dont il connaît les limites. Devant, le danger vient de partout. Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé, Ballon d’Or 2025, Michael Olise, l’un des joueurs les plus convoités d’Europe, Désiré Doué et Rayan Cherki composent une ligne offensive capable de faire basculer n’importe quel match.
La clé pourrait se trouver dans l’entrejeu. Face au double pivot français, les Lions ont tout intérêt à densifier le milieu avec trois joueurs afin d’étouffer les circuits de relance et de couper les liaisons vers les attaquants. Car la véritable force des Bleus réside dans leurs transitions rapides. C’est là qu’ils font mal.
À l’inverse, leur défense, imposante physiquement mais moins à l’aise lorsqu’elle doit courir vers son propre but, peut être mise en difficulté. Les ballons dans le dos, les changements de rythme et les attaques directes sont précisément ce qu’elle apprécie le moins.
La recette sénégalaise paraît donc assez claire : contrôler l’entrejeu, récupérer vite et se projeter immédiatement. Ismaïla Sarr, avec sa vitesse, peut faire très mal dans la profondeur. Ibrahima Mbaye possède l’explosivité nécessaire pour provoquer sur son côté. Quant à Sadio Mané, à 34 ans et toujours meilleur buteur de l’histoire des Lions avec 54 réalisations, son expérience et son intelligence de jeu seront précieuses dans les moments décisifs.
Au milieu, Idrissa Gana Guèye sera encore l’homme de l’ombre indispensable. Son abattage, sa capacité à casser les lignes de passe et à protéger ses partenaires seront essentielles. Face aux flèches françaises, la moindre perte de balle peut se payer cash. Les Lions devront donc être irréprochables techniquement.
Il y aura aussi un autre adversaire : la chaleur. À East Rutherford, les températures dépasseront les 30 degrés avec un taux d’humidité élevé. Des conditions éprouvantes qui pourraient devenir un atout pour les Sénégalais. Habitués à évoluer sous des climats exigeants, les Lions savent souvent hausser le rythme lorsque les organismes commencent à souffrir. Les jambes deviennent plus lourdes, les espaces s’ouvrent et les certitudes vacillent. C’est souvent dans ces moments-là que la puissance athlétique fait la différence.
Mais au fond, des affiches comme celle-ci se gagnent rarement sur le tableau tactique seul. Elles se gagnent avec le cœur, avec le caractère et avec cette rage de vaincre qui avait permis aux hommes de Bruno Metsu d’écrire en 2002 à Séoul, l’une des plus belles pages du football sénégalais et africain.
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