La dernière étape de la tournée économique du chef de l’État dans le sud-est du pays fut Kédougou. Au regard des enjeux socio-économiques, cette étape apparaît sans doute comme la plus déterminante de cette visite. Région administrative relativement jeune, créée en 2008, la « Terre des hommes » manque encore de presque tout, alors même que son sous-sol est le plus riche du pays.
Ce paradoxe, que les gouvernants successifs ont tenté de corriger à travers diverses politiques publiques, demeure largement irrésolu. Il devient peut-être nécessaire d’envisager un programme spécial permettant à Kédougou de combler son retard structurel. D’autant plus que son positionnement géographique, à la frontière du Mali et de la Guinée, l’expose à des risques sécuritaires réels. La pauvreté persistante peut en effet constituer un terreau fertile pour des groupes subversifs opérant dans la sous-région. Dans ce contexte, toute action visant à renforcer la présence de l’État est salutaire, non seulement au le plan sécuritaire, mais surtout en matière de bien-être social et de développement économique. Au-delà du cas spécifique de Kédougou, la gouvernance des ressources naturelles mérite une réflexion approfondie. L’année 2026 devrait constituer un tournant décisif, en posant les bases d’une politique minière plus cohérente, dans le prolongement des actions et des signaux encourageants observés en 2025. Le sujet s’est en effet imposé comme un enjeu central de l’action publique. Il a occupé une place récurrente à l’ordre du jour du Conseil des ministres et figuré de manière significative dans les discours à la Nation du chef de l’État. Cette insistance traduit l’importance stratégique accordée par les autorités à un secteur à la fois porteur d’espoirs, source de controverses et générateur de fortes attentes, souvent restées insatisfaites. Cette situation alimente des tensions, parfois ouvertes, entre les entreprises extractives et les communautés locales. Le constat est largement partagé, y compris au plus haut sommet de l’État.
À cet égard, les orientations présidentielles, assorties de directives fermes, ont contribué à impulser une nouvelle dynamique dans la gouvernance du secteur. C’est dans ce contexte qu’a été mis en place, en février 2025, le Comité national de suivi et d’évaluation des ressources du Fonds d’appui au développement des collectivités locales (Fadl), prévu par le Code minier de 2016 mais resté inopérant pendant près d’une décennie. Quelques mois plus tard, la publication des bénéficiaires effectifs des entreprises opérant dans le secteur extractif par l’Itie, en octobre dernier, a constitué une avancée majeure en matière de transparence. Parallèlement, l’audit du secteur minier conduit par le ministère du Pétrole, de l’Énergie et des Mines s’inscrit dans cette même logique de redevabilité. Ses conclusions révèlent des dysfonctionnements structurels profonds : sur les 513 titres miniers actifs recensés, seuls 32 sont conformes, soit un taux de non-conformité de 94 %. Plus préoccupant encore, près de 300 des 813 sites exploités opéreraient dans la clandestinité. Ces résultats justifient l’engagement d’un vaste processus d’assainissement du secteur. Toutefois, l’année 2025 ne s’est pas limitée à ces constats préoccupants.
L’Itie continue de jouer un rôle central en publiant régulièrement des données fiables sur la gouvernance extractive. De son côté, la Société des mines du Sénégal (Somisen) s’affirme progressivement comme un acteur structurant du secteur. Grâce à une nouvelle stratégie de gestion des participations publiques, elle a enregistré une hausse significative des dividendes issus du secteur minier, en progression de 126 %, pour atteindre plus de 41 milliards de Fcfa. Cette performance résulte d’un choix politique assumé : la valorisation des intérêts de l’État à travers une gouvernance plus proactive et mieux organisée. Ces orientations devraient être consolidées par l’adoption d’un nouveau Code minier, actuellement en cours d’élaboration. Initialement annoncée pour décembre, son adoption a été reportée afin de rendre le processus plus inclusif, conformément aux revendications de la société civile. Cette ouverture traduit la volonté des autorités de favoriser l’adhésion du plus grand nombre d’acteurs autour d’un texte appelé à encadrer durablement un secteur stratégique pour l’économie nationale. Le Salon des Mines, tenu au mois d’octobre, a d’ailleurs confirmé que, malgré les défis persistants, le secteur minier demeure attractif et porteur de perspectives.
elhadjibrahima.thiam@lesoleil.sn

