Le charme du Sénégal réside assurément dans son sens de l’hospitalité, mais aussi dans son esprit de solidarité. Et comme le dit un célèbre chanteur : « Bo lale ki lal nga ké » (si tu touches l’un, l’autre le ressent). Un proverbe wolof qui s’est encore confirmé sur les réseaux sociaux à travers l’affaire de la famille Srour.Mohamed Ali Srour, photographe sénégalais reconnu, pensait avoir sécurisé l’avenir des siens. D’après son récit, il acquiert en 2016 un terrain auprès d’une femme en qui il avait toute confiance. Cette dernière assure même la construction de la bâtisse. En 2019, la famille s’installe dans cette maison sise sur la VDN, un foyer désormais chargé de souvenirs.
Aujourd’hui, le véritable propriétaire légal de la parcelle s’est manifesté pour réclamer son bien. La Direction générale de la surveillance et du contrôle de l’occupation du sol (Dscos) a ordonné la démolition de l’habitation. La famille Srour est contrainte de quitter les lieux. Elle doit désormais regarder s’effondrer les murs qu’elle croyait siens. Cependant, les Sénégalais n’ont pas hésité à se mobiliser pour aider cette famille à se reconstruire, brique par brique.
En effet, l’histoire a ému le public qui, sur la toile, a lancé une cagnotte afin de permettre à la famille d’acheter le terrain objet du litige et ainsi conserver sa villa. À ce jour, plus de 28 millions de FCfa ont été récoltés, avec l’objectif d’atteindre 50 millions. Cette cagnotte, loin d’être une première au Sénégal, est devenue monnaie courante sur la toile.
Les cagnottes ne se limitent plus aux enveloppes qui circulaient discrètement lors des événements familiaux. Elles ont pris un virage numérique. Désormais, quelques clics suffisent pour lancer un appel à la solidarité, financer une urgence médicale ou soutenir un projet entrepreneurial. Des plateformes comme Kopar Express ou encore JokkoPay surfent aujourd’hui sur cette culture sénégalaise de l’entraide et des cotisations collectives.
Sophie Guèye, présidente de l’association Les Racines de l’Espoir, utilise régulièrement des cagnottes en ligne pour financer des actions humanitaires d’urgence et des projets de développement communautaire. Son modèle repose sur la force du financement participatif (crowdfunding) pour transformer des vies précaires en destins dignes.
La démarche est également la même pour Tekki Jollof, une initiative de Mahtar Baby qui se consacre à la promotion et à l’accompagnement des entrepreneurs locaux. Elle permet de trouver des solutions rapides aux entrepreneurs en détresse, selon leurs besoins spécifiques (accompagnement, promotion, financement), à travers le système des cagnottes. La communauté sur le net participe, Tekki Jollof exécute les projets avec, à l’appui, un suivi et une évaluation. En 2025, l’initiative a ainsi atteint plus de 5 millions de FCfa de financement pour des entrepreneurs.
Bien qu’étant un acte solidaire, les cagnottes ne sont pas sans risques. Certaines collectes deviennent virales parce qu’elles touchent l’opinion publique ou sont relayées par des influenceurs. Plus une histoire circule, plus elle a de chances de susciter des dons. Cela crée parfois une forme d’inégalité : certaines causes mobilisent massivement, tandis que d’autres restent invisibles. L’autre enjeu majeur reste celui de la transparence. Beaucoup hésitent encore à contribuer, par peur des arnaques ou du manque de suivi.
Mais au fond, ces collectes racontent autant la générosité sénégalaise que les fragilités sociales d’une partie de la population.

