Les obédiences religieuses parviendront-elles à mettre fin à la grève illimitée des transporteurs qui perdure depuis le 28 mars dernier ? À quelques jours de la 96e édition de la Ziarra générale de Tivaouane, prévue le 12 avril, et du Daaka de Madina-Gounass (du 18 au 27 avril), deux appels presque simultanés ont été lancés à l’endroit du gouvernement et des transporteurs. Une démarche qui traduit clairement la volonté des organisateurs d’assurer la réussite de ces grands rendez-vous religieux. En s’impliquant ainsi, les autorités religieuses semblent s’inviter dans un bras de fer qui s’apparente de plus en plus à un jeu de dupes entre les parties en crise. Car, malgré quelques avancées issues des dernières négociations, les populations continuent de subir de plein fouet les conséquences du mouvement d’humeur. À l’image des 18 supporters sénégalais bloqués au Maroc, elles sont aujourd’hui prises au piège, presque en otage. La grève, faut-il le rappeler, a été déclenchée à la veille de Pâques, l’une des plus importantes fêtes chrétiennes. Une coïncidence qui n’a pas manqué de susciter des critiques, certains estimant que des négociations auraient été engagées plus rapidement si le mouvement avait coïncidé avec la Korité ou la Tabaski. Toutefois, au-delà de toute lecture religieuse ou confrérique, une évidence s’impose : ce sont les populations, dans toute leur diversité, qui paient le plus lourd tribut.
Cette crise, qui s’inscrit désormais dans la durée, affecte particulièrement l’intérieur du pays. L’offre de transport y est quasi inexistante et, lorsqu’elle subsiste, elle se traduit par un morcellement des trajets et une flambée des prix, parfois doublés voire triplés. Face à ces contraintes, de nombreux usagers préfèrent reporter leurs déplacements, faute de moyens suffisants. Une situation d’autant plus préoccupante que la fin des vacances scolaires approche. Le gouvernement, déjà confronté à un climat social tendu marqué par les revendications des enseignants et des acteurs de la santé, se retrouve dans une position délicate. Mais il lui revient, plus que jamais, de favoriser l’apaisement et de ramener les différentes parties à la table du dialogue. Du côté des transporteurs, la grève décrétée par la Fédération des syndicats des transports du Sénégal vise essentiellement l’amélioration des conditions de travail et la levée de certaines restrictions, notamment celles imposées aux minicars. La rencontre du 5 avril n’a cependant pas permis d’aboutir à un accord global, les divergences persistant sur plusieurs points. Les syndicats ont ainsi maintenu leur mot d’ordre, au grand regret du ministère de tutelle, qui n’exclut pas de recourir à des mesures légales pour assurer la continuité du service public. Malgré ce blocage, des avancées ont été enregistrées. Les transporteurs ont notamment obtenu l’annulation de la convocation de 6.886 minicars pour la visite technique à Dakar, la levée de l’interdiction de circulation entre minuit et 5 heures, ainsi qu’une réduction des points de contrôle sur les corridors routiers. À cela s’ajoutent l’abrogation du décret relatif aux plateformes numériques de transport (VTC) et des engagements concernant la rénovation des gares routières.
Mais un angle mort persiste dans ces négociations : l’absence des usagers. Ni les organisations de consommateurs ni les représentants des citoyens ne sont associés aux discussions, alors même qu’ils sont les premiers impactés. Leur inclusion permettrait pourtant de porter des attentes essentielles : un transport plus moderne, plus fiable et plus sécurisé. Dans l’attente d’une issue à cette crise, les appels à la responsabilité se multiplient. Celui du khalife général des tidianes, Serigne Babacar Sy Mansour, résonne avec insistance, dans l’espoir de permettre aux fidèles de rallier Tivaouane dans de bonnes conditions. À Madina-Gounass, les préparatifs du Daaka entrent également dans une phase cruciale. Sécurisation du site, désherbage, installation de pare-feu contre les feux de brousse, mise en place d’infrastructures d’accueil et d’hébergement : autant d’opérations indispensables qui nécessitent une logistique fluide. Or, selon le Cadre d’Échanges et d’Organisation des Disciples de Thierno Mouhamadou Saïdou Bâ (Ceod/Tms), la grève constitue un obstacle majeur, bloquant le déploiement des équipes techniques et logistiques dans plusieurs gares routières. Plus que jamais, l’urgence est à la conciliation. Car au-delà des revendications légitimes et des contraintes institutionnelles, c’est le quotidien des populations qui reste suspendu à l’issue de cette crise.
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