Le 22 juillet 2026, une balade culturelle a été organisée au Campus social de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar. Elle réunissait plusieurs mouvements étudiants « à caractère identitaire », notamment Kékendo, Meef, Ndef Leng et des associations de la communauté lébou. Une manifestation qui n’est pas du goût de l’Association Mbootayu Leppiy Wolof. Elle a, à travers sa section estudiantine, le Cercle des étudiants et élèves wolof (Ceew), sorti, le 24 juillet dernier, un communiqué, à cet effet. Elle se base sur la décision prise par le Conseil d’administration du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud) durant sa séance du 19 février 2026.
En vue de préserver un climat de paix, de cohésion et de sérénité propice aux études, l’instance avait réaffirmé l’interdiction de toute manifestation culturelle à connotation ethnique ou régionaliste sur les campus sociaux. L’association, qui dit s’être conformée à la loi, estime qu’une telle situation est susceptible d’alimenter un sentiment d’injustice et d’inégalité de traitement entre les différentes composantes de la communauté universitaire. Tout en réaffirmant son attachement aux valeurs de la République, à l’unité nationale, au dialogue interculturel et au respect de toutes les communautés du Sénégal, elle demande que les décisions prises par les autorités universitaires soient appliquées avec impartialité et dans le respect du principe d’égalité. Cet épisode isolé interroge, d’une manière générale, sur la multiplication de ces genres d’associations dans l’espace universitaire. De plus en plus, les étudiants se regroupent en fonction de leur appartenance ethnique, religieuse, géographique ou culturelle. En soi, les associations estudiantines sont une bonne chose. Elles jouent un rôle important dans la mesure où elles répondent souvent à des besoins légitimes. Elles permettent aux nouveaux étudiants de trouver des repères, de développer des réseaux d’entraide, de promouvoir leur patrimoine culturel ou de renforcer la solidarité entre leurs membres. Elles peuvent également contribuer à la préservation des langues et des traditions, tout en favorisant l’expression de la diversité culturelle.
Toutefois, le risque c’est lorsque ces regroupements deviennent des espaces de repli identitaire en lieu et place des cadres d’échange. Cette logique peut progressivement affaiblir la culture du dialogue. Quand les étudiants fréquentent principalement ceux qui leur ressemblent, les occasions de rencontrer d’autres points de vue diminuent. Les préjugés peuvent se renforcer, les incompréhensions s’installer et les tensions s’exacerber, surtout lorsque des rivalités extérieures au monde universitaire s’invitent sur les campus. En effet, les étudiants d’aujourd’hui seront les décideurs et les leaders de demain. Si les réflexes communautaires prennent le pas sur l’intérêt général durant leur formation, ils risquent d’influencer durablement les pratiques professionnelles et les institutions. Pour un pays comme le nôtre, dont la stabilité repose en grande partie sur le dialogue entre ses différentes composantes culturelles et religieuses, cette évolution constitue un enjeu majeur. L’unité nationale ne suppose pas l’effacement des identités, mais leur coexistence dans un cadre commun fondé sur la citoyenneté, l’égalité et le respect mutuel. C’est la pluralité, dans la cohésion, des identités.
Une brève interrogation de l’histoire de l’humanité montre que les sociétés les plus stables sont celles qui ont su transformer leur diversité en facteur d’unité plutôt qu’en source de confrontation. Les exemples nous viennent de la Suisse et du Canada. À l’inverse, de nombreux conflits trouvent leur origine dans l’instrumentalisation des différences identitaires. Ce fut le cas en Irlande du Nord, en Ex-Yougoslavie ou encore au Rwanda.
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