Ça ne rigole plus sur les réseaux sociaux. Actuellement, les hommes n’ont qu’un seul mot à la bouche : « deger » (dur). Alerte spoiler, ce n’est pas ce que vous croyez !
La gent masculine se la joue à la dure, et tout cela suite à un événement qui a été véritablement un gros coup dur pour leur virilité. En ce début de février 2026 (entre le 4 et le 6 février), les autorités sénégalaises ont arrêté 12 hommes pour des chefs d’accusation incluant « association de malfaiteurs », « actes contre nature » et « transmission volontaire du VIH ».
Mais ce qui a le plus fait jasé est la liste des personnes appréhendées. Ces derniers occupent différentes fonctions, allant du tailleur à l’animateur, en passant par le chanteur ou encore le brancardier. Des profils de monsieur Tout-le-monde. Et depuis, comme piqués au vif, certains semblent vouloir laver un affront devenu presque collectif.
Sur les réseaux sociaux, la tendance est d’apporter des preuves de sa virilité. Multiplier les vidéos, hausser le ton, afficher une posture plus ferme que jamais. Et c’est d’autant plus frappant que, depuis quelques jours, des créateurs de contenus, friands de ces affaires qui constituent leur matière première, ont menacé et certains ont même commencé de divulguer une liste d’homosexuels présents ici au Sénégal.
Comme le dit l’adage : « Qui se sent morveux se mouche. » Certains ont pris ces menaces au pied de la lettre, particulièrement des créateurs aux manières jugées ambiguës. À force d’être surveillés, commentés, évalués, les hommes finissent par se surveiller eux-mêmes.
Aujourd’hui, tous les moyens sont bons pour montrer sa virilité. Ça joue les durs sur les réseaux, adopte une voix plus rauque, clame haut et fort son amour pour la gent féminine, affiche une assurance presque démonstrative, avec comme message implicite : être considéré « plus homme » qu’untel.
Dans cette société du paraître, il est très vite facile de juger sur l’apparence. Et gare à ceux dont les styles, les gestes ou le langage peuvent créer le moindre doute chez les internautes. La virilité semble devenue un examen permanent.
Mais au-delà de cette tendance à vouloir prouver coûte que coûte qu’on est un homme, se pose une question plus profonde : qu’est-ce qui fait un homme… un homme ? Est-ce seulement une voix grave, une posture ferme, une démonstration bruyante d’hétérosexualité ? Et qui fixe ces critères ?
Un homme est avant tout celui qui s’occupe de sa famille, celui qui assume ses responsabilités et qui n’a pas besoin de jouer les gros durs pour se prouver une quelconque virilité. Mais un homme, un vrai, ne se mesure peut-être pas uniquement à cela.
Dans une société où l’on en demande toujours plus aux hommes, il est difficile pour eux d’être eux-mêmes. Montrer ses émotions ou le moindre signe de faiblesse, et vous voilà taxé de faiblard. Montrer un grand intérêt pour les produits corporels qui relèvent pourtant simplement de l’hygiène et vous êtes aussitôt suspecté. Et cerise sur le gâteau, si votre voix est plus aiguë que celle d’autres plus rauques, vous êtes et serez moqué à vie.
Ces injonctions finissent par enfermer. Camoufler leurs sentiments devient presque une règle non écrite. Comme si être un homme signifiait d’abord apprendre à ne rien laisser paraître. À force de jouer les durs, certains finissent peut-être par oublier que la véritable force n’est pas dans le bruit… mais dans la capacité d’être soi sans avoir à le prouver.
Arame NDIAYE

