Lors de son unique et dernier voyage en Afrique pendant sa présidence en décembre 2024, l’ancien président américain Joe Biden a séjourné en Angola pour l’inauguration de la voie ferrée dite du « Couloir de Lobito » censé relier l’Angola, la Zambie et la République démocratique du Congo. Présenté comme un pendant des « Routes de la Soie » chinoises dont fait partie le train entre Mombasa et Nairobi, le Couloir de Lobito est aussi construit avec en toile de fond la question des minerais de la République démocratique du Congo. Ce pays est ainsi au coeur de l’extension et de la prolongation de la confrontation entre la Chine et les États-Unis. Signé en 2008 sous la présidence de Joseph Kabila et dénommé le « Deal du siècle », le contrat liant la Rdc et la Chine sous forme de troc avait ainsi pour objet un échange de minerais, principalement du cobalt et du cuivre contre la construction d’infrastructures pour un montant initial de 9 milliards de dollars Us renégocié à 6 milliards sous la pression du Fonds monétaire international. Même si depuis sa signature, ce deal a fait l’objet de plusieurs critiques de la part de la société civile congolaise, il n’a pas été remis en cause par le nouveau pouvoir qui a juste évoqué de « réajustements ». Cette place de choix ainsi que le poids de la Chine ont placé la puissance asiatique dans une voie privilégiée dans la course qui aux minerais critiques que sont le cobalt et le cuivre qui se mène au plan mondial. Avec le changement d’administration aux États-Unis, la Rdc est ainsi restée une constante dans la politique étrangère américaine. La logique transactionnelle de l’équipe de Donald Trump s’est appliquée dans ce vaste pays d’Afrique aux immenses ressources naturelles et minérales. L’implication du président américain dans le conflit entre la Rdc et le Rwanda est motivée par cette approche américaine à venir « se servir » dans le marché minier congolais comme son rival chinois. Au-delà d’accueillir, le 4 décembre dernier, la signature de l’accord de paix entre ces deux pays africains voisins, les États-Unis veulent en être le garant aux côtés des médiateurs qataris. Cet accord de paix rwando-congolais sous auspices américains revêt de multiples enjeux. La volonté de mettre fin au traumatisme et de faire revenir la paix dans la région des Grands Lacs est loin d’être une opération philanthropique de la part de Donald Trump. Dans sa démarche, le président américain a toujours prôné une « realpolitik » basée sur le business, qui va avec la diplomatie dans ses approches et démarches. C’est dans ce sens aussi qu’un autre contrat, cette fois-ci lié à la santé, d’un montant de 1,2 milliard de dollars Us, vient d’être signé entre la Rdc et les États-Unis portant sur le renforcement du système de santé avec en prime des retombées pour les sociétés de biotechnologies américaines. Ces multiplications d’accords avec les deux plus grandes puissances globales placent ainsi la Rdc dans une position avantageuse avec la possibilité de tirer parti de chacun de ses deux partenaires que sont la Chine et les États-Unis.
Il faudra ainsi beaucoup de leadership pour ce pays afin d’éviter d’être un espace d’extension et de prolongation de la confrontation sino-américaine. Surtout aussi de ne pas tomber dans la facilité de l’exportation des matières premières dont sont victimes tous les pays africains et la passivité de la non-transformation qui crée un énorme manque à gagner par l’absence de plus-value sur les ressources naturelles et minérales. Avec cela, la Rdc arrivera à bien se situer entre le marteau chinois et l’enclume américaine…
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