Sur Tiktok, un nouveau format de divertissement gagne en popularité: les lives de rencontre entre célibataires, souvent animés par des créateurs comme “Weuz” (150.000 abonnés). Ces lives attirent chaque soir des centaines, voire des milliers d’internautes venus assister ou participer à des mises en relation en temps réel.
Le principe est simple. Le créateur de contenus lance un live et invite des participants à le rejoindre à l’écran. Hommes et femmes, généralement célibataires, se présentent brièvement : âge, activité professionnelle, attentes. Weuz (un des plus populaires à présenter ce contenu) joue le rôle de médiateur, en posant des questions, suscitant des échanges, parfois en provoquant des confrontations ou des “matchs” entre participants.
Ce format séduit par son interactivité. Le public ne se contente pas de regarder : il commente, juge, conseille, encourage ou critique. Chaque intervention devient un spectacle collectif où l’intime est exposé, discuté, voire marchandisé. Le célibat, la recherche d’un partenaire, les critères de choix se retrouvent ainsi projetés dans un espace public numérique.
Mais derrière l’aspect ludique, ces lives révèlent des dynamiques sociales plus profondes. Ils mettent en lumière les normes qui encadrent les relations amoureuses : l’âge “acceptable”, les attentes genrées, l’importance du statut économique ou de l’apparence physique. Les femmes, en particulier, y sont souvent soumises à un regard plus scrutateur, voire à des jugements plus sévères, ce qui reproduit des rapports de pouvoir déjà présents hors ligne.
Car dans ces espaces, elles sont très souvent réduites à des objets de spectacle. Elles défilent, parlent, se justifient, sous le regard insistant d’un public qui commente sans filtre. Les remarques fusent : sur le physique, le teint, l’âge, la manière de parler, la supposée “valeur” sur le marché matrimonial. Certaines sont interrompues, tournées en dérision, voire humiliées publiquement. La logique du live impose un rythme rapide, brutal, où l’on passe d’un profil à un autre comme dans une vitrine. C’est à se demander à quel moment la femme a perdu sa valeur juste parce qu’elle veut trouver un mari.
Cette mise en scène finit par s’apparenter à une forme d’exposition où les participantes sont traitées comme des “bêtes de foire”, sommées de plaire, de convaincre, de correspondre à des standards souvent irréalistes. Le rire, les moqueries et les jugements collectifs deviennent des éléments centraux du spectacle. Loin de favoriser une rencontre authentique, ces dispositifs installent un rapport de pouvoir où la femme est constamment évaluée, validée ou rejetée.
Dans ce contexte, la question de la valeur de la femme se pose avec acuité. Pourtant, cette représentation contraste fortement avec les valeurs traditionnellement associées à la femme sénégalaise par les générations précédentes. Nos aînées ont longtemps incarné des figures de dignité, de retenue, de force silencieuse et de responsabilité sociale. La femme y était perçue comme pilier du foyer, gardienne de l’équilibre familial, actrice essentielle de la transmission des valeurs. Aujourd’hui, pour faire le buzz certaines femmes sont prêtes à se mettre en scène sous prétexte de vouloir trouver l’amour. À rire des moqueries, à accepter les remarques sur le teint, le poids ou les traits, c’est une violence ordinaire qui s’installe, presque sans résistance.
Et à ce rythme, ce ne sont plus seulement des rencontres qui se jouent en live, mais la normalisation d’un regard qui réduit la femme à un corps à noter et à humilier.
Arame NDIAYE

