L’analyse de la situation matrimoniale est importante en ce sens que celle-ci constitue un facteur de changement social, car, les changements dans le domaine de la nuptialité reflètent les changements dans les phénomènes sociaux. (Cf. Ansd, Résultats définitifs du troisième recensement général de la population et de l’habitat, 2002. Rapport national de présentation, juin 2008). Mais force est de constater que depuis que de nos jours, le mariage, pilier central de la stabilité sociale, perd de la valeur dans le monde en général, et au Sénégal en particulier. Même si, dans le monde, de rares pays arrivent à sauver la face, si l’on se fie, selon BBC News Afrique, au classement des taux de divorce à travers le monde établi par WorldAtlas sur la base de données du Département des affaires économiques et sociales des Nations unies, d’Eurostat pour les pays européens, de l’Enquête nationale indienne sur la santé familiale (NFHS-4 et NFHS-5) et des publications des instituts nationaux de statistique.
D’après le classement, le taux brut mondial (nombre de divorces pour 1.000 habitants par an) se situe autour de 1,7 à 1,8. Mais dix pays affichent des chiffres bien en dessous de cette moyenne. Les trois premières sont respectivement occupées par l’Inde (0,01 à 0,1), le Sri Lanka (0,15) et le Vietnam (0,2). Suivent après le Guatemala (environ 0,2), le Tadjikistan (environ 0,3), la Bosnie-Herzégovine (environ 0,3), le chili (environ0,7), Malte (environ 0,6), le Pérou (environ 0,6) et l’Irlande (environ 0,7). (Cf. https://www.bbc.com Afrique du 27 juillet 2026). Les raisons de cette baisse, d’après l’étude, sont les freins culturels ou religieux puissants (Guatemala, Chili, Pérou, Sri Lanka, Inde), une législation récente du divorce (Malte, Chili, Irlande) et le remplacement du mariage formel par des unions libres qui échappent aux statistiques officielles (Guatemala, Pérou).
Quid du Sénégal ? Il est très au-dessus de ces pays. Autrement dit, le taux de divorce reste très élevé, avec parfois des chiffres alarmants, notamment à Dakar. L’Agence nationale de la statistique et de la démographie estime qu’en 2025, le divorce touche environ 3,5 % de la population urbaine. Un taux qui a connu une forte croissance puisque la proportion globale était de 1% en 2002. Pour les divorcés, le milieu urbain comptabilise plus de divorcés (1,3%) que le milieu rural (0,8%). Dans l’ensemble, on dénombre plus de femmes vivant une situation de divorce en 2002. La population de personnes divorcées compte en effet 4 fois plus de femmes que d’hommes (soit en nombre relatif, 52.713 femmes contre 13.196 hommes) (Cf. Ansd, Résultats définitifs du troisième recensement général de la population et de l’habitat, 2002. Rapport national de présentation, juin 2008). En 2024, ce taux est passé à 2,5%, avec 3,1% de femmes divorcées contre 1,5% d’hommes.
Près de 80%, des demandes émanent des femmes avec comme motif principal, défaut d’entretien financier par le mari qui représente plus de 50% des cas recensés. Un motif auquel s’ajoutent d’autres comme la dégradation des liens affectifs, le manque d’amour et la perte de la complicité entre conjoints. Mais également les tensions familiales élargies telles que l’ingérence de l’entourage qui est souvent un élément déclencheur ou amplificateur. (Cf. www.ansd.sn et Sene.News du 29/04/2026). Dakar occupe la tête du peloton des ruptures conjugales avec « 400 divorces par mois », d’après Sene.News, citant l’Institut de recherche pour le développement (Ird) et l’Association des femmes juristes du Sénégal (Ajs).
En réalité, le divorce est devenu fréquent au Sénégal. Or au Sénégal, jadis, il était très rare de voir les conjoints divorcer. Des mariages ont résisté à de multiples difficultés grâce surtout à la femme. Dans tous les cas, le phénomène fragilise plus les femmes. Mais aussi et surtout les enfants, victimes souvent de problèmes psychologiques majeurs et sociaux (choc émotionnel, regard de la société) … Autrement dit, le divorce bouleverse les socles familial et sociétal. Une situation qui interpelle tous.
daouda.mane@lesoleil.sn

