La mort du narcotrafiquant El Mencho, le 22 février dernier, et la vague de violence qui s’en est suivie au Mexique montrent la place et le poids important pris par le crime organisé dans le monde. Réputée être le berceau naturel des cartels de drogue, l’Amérique latine est aussi un terreau fertile pour le narcotrafic et de toutes les activités sous-jacentes.
Dans une interview qu’il nous avait accordée, Pascal Drouhaud, spécialiste de l’Amérique latine, parlait du narcotrafic comme le problème majeur qui conditionne la sécurité des États de cette partie du monde. « Le trafic de drogue, depuis 2020, a rapporté plus de 1.500 milliards de dollars aux cartels. Ce sont plus de 2.900 tonnes de cocaïne qui sont produites, la Colombie étant le premier pays producteur au monde. Ce trafic est organisé autour de zones de production, dans plusieurs pays, essentiellement la Colombie, le Pérou, la Bolivie, la partie amazonienne du Brésil », disait-il. Cette partie du continent américain longtemps sous la coupe de groupes armés comme les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) n’a pas échappé à la mainmise des cartels de narcotrafics qui ont réussi à s’imposer en pouvoirs parallèles face aux États. Selon le dernier rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc), en 2023, la production mondiale estimée de cocaïne a atteint un record de 3 .708 tonnes, en hausse de 34 % par rapport à 2022 et la Colombie a connu une augmentation significative de la superficie cultivée.
D’après toujours ce document, les saisies mondiales ont également atteint un niveau record, avec une augmentation de 68 % entre 2019 et 2023 avec une hausse de la consommation mondiale de cocaïne, estimée à 25 millions de personnes en 2023. Les principaux flux de trafic partent des pays latino-américains vers l’Amérique du Nord et l’Europe avec des saisies en Europe qui ont dépassé celles en Amérique du Nord pour la cinquième année consécutive. Selon toujours ce rapport, les routes maritimes et fluviales sont prédominantes, avec une augmentation notable des flux vers l’Afrique et l’Asie, notamment en Chine et au Japon, où la prévalence de l’usage était faible auparavant. C’est dire que le narcotrafic s’est trouvé dans toutes les parties du monde, qu’elles soient de production ou de consommation, des berceaux naturels aux terreaux fertiles. Ce phénomène s’appuie ainsi sur la faiblesse de certains États, la corruption et surtout le manque d’emplois dans les zones de production pour prospérer et étendre ses tentacules.
L’un des points d’ancrage du narcotrafic est ainsi l’instabilité politique et sécuritaire. En Afrique de l’Ouest où s’est redirigée une bonne partie des flux du narcotrafic, l’instabilité dans la région du Sahel a été un facteur dominant et aggravant. Il est connu que derrière la poussière des groupes terroristes qui ont fait du Sahel leur épicentre, se développe toute une activité liée aux trafics de drogue, de médicaments, de migrants. Tous ces fléaux sont linkés avec comme fil conducteur le narcotrafic. C’est pourquoi il est crucial et vital pour des organisations comme la Cedeao d’aider un pays comme la Guinée-Bissau à ne pas replonger dans la crise du narcotrafic.
Depuis les années 2000, l’Onu a classé la Guinée-Bissau parmi les principales plaques tournantes de la cocaïne en Afrique de l’Ouest. Les 88 îles de l’archipel des Bijagos offrent aux trafiquants un sanctuaire naturel difficilement contrôlable, avec des pistes improvisées et des zones de débarquement idéales. Cette géographie, ajoutée à la pauvreté et à la fragilité institutionnelle, en fait un terrain fertile pour les cartels sud-américains. D’où l’importance de faire en sorte que l’influence du narcotrafic bénéficie d’une cure de désintoxication afin que ce pays, de même que l’Afrique de l’Ouest, ne soient des terreaux fertiles et berceaux naturels…
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