Dans la guerre en cours au Moyen-Orient, les hydrocarbures qui ont fait la force, le prestige et l’ascension économique fulgurante des pays du golfe arabo-persique sont en train de devenir leur principal point de vulnérabilité. Le conflit a pris une autre tournure plus préoccupante depuis que l’Iran a placé dans son viseur les infrastructures pétro-gazières de ses voisins et d’autres infrastructures. Dans sa riposte, Téhéran ne se limite plus à cibler les installations militaires américaines éparpillées dans les pays de la sous-région, véritables positions avancées de l’armée américaine pour atteindre plus facilement le territoire iranien. Si au début le régime des Ayatollahs soutenait, pour rassurer, que son objectif se limitait à porter des dommages aux bases américaines d’où partaient les attaques contre son territoire, au fil du temps, il a changé de fusil d’épaule en ciblant ouvertement les infrastructures énergétiques. L’objectif est de perturber davantage la production mondiale, après avoir réussi une quasi-paralysie du détroit d’Ormuz d’où transitent 20% des hydrocarbures commercialisés dans le monde.
Le conflit est en train de passer dangereusement vers une internationalisation via le pétrole. Si ce scénario du pire est le but recherché par Téhéran, on peut dire qu’il est en train de l’atteindre. La production des pays du Golfe a conséquemment chuté de 10 millions de barils par jour, entraînant une flambée des cours à plus de 100 dollars le baril. Ce qui a poussé l’Agence internationale de l’énergie (Aie) à décider un déblocage de 400 millions de barils de réserves stratégiques. Tous les pays du monde attendent avec angoisse les répercussions de ce conflit sur leurs économies.
Cette « guerre de l’énergie » met les monarchies du Golfe dans le dilemme : rendre les coups à l’Iran, au risque d’être entraînées dans un conflit à l’issue incertaine ou persister dans une position défensive de crainte d’aggraver la situation ? Ceci au moment où le président américain Donald Trump pense plus à une sortie de crise pour s’éviter un bourbier qui risquerait de lui mettre à dos l’opinion publique américaine. Devant les tergiversations de l’imprévisible Trump, l’idée de se retrouver seuls face à leur puissant voisin résilient et aguerri est le pire cauchemar pour les têtes couronnées du Golfe. Pour le moment, inquiètes d’un désengagement américain en plein incendie, elles en sont aux condamnations et déclarations au ton menaçant. Les monarchies peinent même à parler d’une seule voix au sein du Conseil de coopération du Golfe (Ccg), quant à la position à adopter face à l’Iran.
S’il y a une guerre dont ces pays ne voulaient pas, c’est bien celle déclenchée par la coalition américano-israélienne à leur corps défendant, le 28 février dernier, malgré leurs rapports souvent tendus avec leur voisin, même s’ils semblaient aller timidement vers une normalisation teintée de méfiance. Aujourd’hui, ils constatent amèrement les limites des accords de défense qu’ils ont signés avec les États-Unis avec comme contrepartie abriter leurs bases militaires sur leur territoire pour se mettre à l’abri de la menace iranienne. En dépit de leurs investissements faramineux pour moderniser leurs armées, au profit de l’industrie militaire américaine. La réalité n’est pas agréable à voir, la capacité iranienne à atteindre les infrastructures des pays du Golfe (terminaux pétro-gaziers, raffineries, aéroports, hôtels, usines de dessalement) porte un sérieux coût à leur prestige et à leur attractivité. Ils perdent entre 700 millions et 1,2 milliard de dollars par jour du fait des perturbations du secteur énergétique.
Et pourtant, soucieux de préparer l’après-pétrole, ces pays ont investi massivement pour se moderniser et construire le mythe d’une oasis de stabilité et de sécurité propice aux affaires dans une région tourmentée. Aujourd’hui, c’est leur modèle économique qui se retrouve subitement ébranlé. Leurs investissements avisés, stimulés par leur matelas de fonds souverains évalués à plus de 5.000 milliards de dollars et les réformes structurelles ont attiré des entreprises étrangères, des investisseurs et des talents, et dopé le tourisme et l’immobilier. En allumant le feu devant leur porte, les États-Unis leur ont rendu le pire des services.
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