L’affaire dite des présumés homosexuels continue de faire des vagues. La Section de Recherches de la gendarmerie de Keur Massar a interpellé le trente-troisième suspect dimanche dernier. Auditionné au fond, un des mis en cause est passé aux aveux en dénonçant ses partenaires. On s’attend à d’autres développements dans cette affaire. Seulement, cette affaire vire à des accusations fallacieuses qui frisent la diffamation et la diffusion de fausses nouvelles à l’égard d’honnêtes citoyens. Se sentant atteint dans son orgueil et dans son honorabilité, Elimane Ndao, journaliste et correspondant de France 24 au Sénégal, a déposé plainte le 2 mars 2026 à la Division spéciale de cybersécurité (Dsc). Il dénonce la propagation d’informations qu’il qualifie de « fausses, grossières et graves » le liant à une prétendue affaire de moeurs (réseau d’homosexualité). Il affirme avoir été la cible d’injures infamantes sur les réseaux sociaux. La plainte vise au moins quatre personnes formellement identifiées par ses conseils. Sur ses réseaux sociaux, il précise être prêt à déposer de nouvelles plaintes si ces rumeurs continuent d’être propagées.
L’artiste Viviane Chidid a elle aussi déposé une plainte contre X à la Dsc courant février 2026, suite à la diffusion d’un montage vidéo sur TikTok la rapprochant à cette affaire de démantèlement du réseau de présumés homosexuels. La chanteuse dénonce des « fake news » et l’utilisation abusive de son image dans cette polémique. L’influenceur Biggy a fait de même le 20 février dernier contre un célèbre chroniqueur d’une chaîne de télévision. Pour se dédouaner des accusations dont il faisait l’objet, Biggy aurait également effectué des tests sanguins afin de prouver son intégrité. Il aurait finalement décidé de retirer sa plainte. Dans le même sillage, une Ong avait annoncé la divulgation d’une « liste » de présumés homosexuels avant d’y renoncer. Sur les réseaux sociaux, des créateurs de contenus et autres friands de « toppu cas » menacent de publier des « listes ».Dans notre société, l’existence d’une personne ne se limite pas à son souffle vital ; elle englobe son honneur (kersa) et sa dignité. Porter atteinte à la vie privée par la rumeur n’est pas seulement un délit, c’est une forme de violence symbolique. L’exposition non consentie de l’intimité d’autrui peut briser des carrières, des familles et des destins, rendant le préjudice irréparable. La rumeur repose sur l’absence de preuves. En s’appuyant sur des on-dit pour nuire à l’honorabilité, on substitue la justice populaire à l’État de droit. Sur les réseaux sociaux, la vitesse de partage déshumanise la cible. On oublie que derrière un profil, il y a un être humain sacré.
Le Code pénal sénégalais punit sévèrement la diffusion de fausses nouvelles et la diffamation, précisément parce que la loi reconnaît que la « mort sociale » causée par la calomnie est parfois aussi grave que l’agression physique. Punis d’amendes et parfois d’emprisonnement, ces délits visent les allégations fausses, particulièrement via des médias publics ou en ligne (articles 250 à 260 du Code pénal). Les peines varient et peuvent inclure l’emprisonnement et des amendes (exemple : 200.000 à 1.500.000 FCfa pour diffamation envers des institutions). Depuis l’éclatement de cette affaire, des personnes mal intentionnées colportent des rumeurs et des informations erronées et mal fondées sur d’honnêtes citoyens sans mesurer la portée sociale de leurs actes, faisant d’ailleurs fi des sanctions encourues. On n’hésite pas à jeter l’opprobre sur la dignité et l’honorabilité des gens. Protéger la vie privée d’autrui est un devoir civique. La liberté de communication s’arrête là où commence le droit de chacun à l’intimité. La sacralité de la vie privée exige que l’on garde pour soi ce qui appartient à la sphère intime d’autrui, même en cas de désaccord. Traiter la vie d’autrui comme un objet de divertissement ou de vengeance est une remise en cause des fondements de notre contrat social. L’honorabilité est un bien précieux qui, une fois taché par le mensonge, ne retrouve jamais totalement son éclat d’origine.
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