Le débat sur la renégociation des contrats dans le secteur extractif, porté récemment par le Premier ministre Ousmane Sonko, a le mérite de remettre au centre une exigence de souveraineté économique. L’État est fondé à réclamer des comptes sur les manques à gagner fiscaux, souvent liés à des facilités consenties aux entreprises minières et pétrolières. Mais à force de concentrer l’attention sur les pertes financières, une réalité plus préoccupante demeure en marge : le respect des obligations environnementales.
Car au-delà des chiffres, ce sont des territoires qui se transforment et, parfois, se dégradent. De Mboro à Saint-Louis en passant par Ngoundiane, Sangomar ou les zones minières de Kédougou comme Mako, les traces de l’exploitation sont visibles. Dégradation des sols, pression sur les ressources hydriques, pollution de l’air et des eaux, exposition des populations à des risques sanitaires : l’activité extractive laisse des empreintes durables, encore insuffisamment prises en charge. Toutes les entreprises ne sont pas logées à la même enseigne. Certaines s’inscrivent dans des dynamiques de responsabilité, à l’image d’initiatives de réhabilitation de sites déjà exploités, notamment à Diogo avec la Grande Côte Opérations. Ces efforts démontrent qu’un modèle plus respectueux de l’environnement est possible. Toutefois, ces pratiques demeurent minoritaires face à des logiques industrielles qui continuent d’amoindrir les écosystèmes.
La question de la vigilance environnementale reste, à cet égard, un angle mort. Les études d’impact existent, mais leur suivi demeure insuffisant. Les dispositifs de contrôle manquent parfois de moyens, tandis que les agents chargés de la régulation évoluent dans un environnement exposé à de fortes pressions, y compris à des risques de compromission. Dans ce contexte, certaines entreprises privilégient encore des formes de compensation sociale (dons, infrastructures, appuis ponctuels) qui, si elles ne sont pas négligeables, ne sauraient masquer les atteintes au cadre de vie. Les réalités locales en témoignent avec acuité. À Ngoundiane, la pollution s’impose comme une donnée du quotidien. Dans les zones d’orpaillage de Kédougou, les populations vivent avec des vulnérabilités sanitaires persistantes. À Saint-Louis, les pêcheurs alertent sur la dégradation du milieu marin, tandis qu’à Mboro, les émissions issues des Industries chimiques du Sénégal affectent la qualité de l’air et la santé des riverains, avec des conséquences respiratoires préoccupantes. Dans ce contexte, une interrogation s’impose : comment garantir l’effectivité des engagements environnementaux lorsque les mécanismes de contrôle restent fragiles ? Et comment préserver les populations lorsque les équilibres penchent durablement en faveur des intérêts industriels ?
Pourtant, des signaux existent. En mai 2025, le ministre Birame Souleye Diop a mis en avant certaines pratiques vertueuses, notamment en matière de réhabilitation et de gestion des ressources par la Grande Côte Opérations (Gco), société exploitante du zircon. Mais ces avancées, encore ponctuelles, ne suffisent pas à inverser une tendance qui appelle une réponse systémique. Au fond, la question est moins celle du niveau de richesse que celle de sa soutenabilité. Que vaut le développement s’il s’accompagne d’une dégradation irréversible des conditions de vie ? L’enjeu dépasse la seule accumulation de revenus : il engage la capacité de l’État à imposer des règles strictes, à les faire respecter, et à replacer l’environnement au cœur du modèle extractif. Car il ne peut y avoir de souveraineté économique durable sans intégrité écologique.
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