Des garçons de 7 à 14 ans, souvent victimes d’exploitation sexuelle, sont initiés à l’homosexualité ou à la pornographie. Un phénomène que les médias dénoncent de plus en plus dans notre pays. L’image choque ; les cœurs se révulsent à cette seule pensée. Au Sénégal, les parents, plus enclins à protéger les filles de la prédation sexuelle, vont devoir revoir leur approche. Ils découvrent avec effroi que les garçons sont, eux aussi, exploités dans l’ombre, à leur insu.
Pour la plupart, ces jeunes victimes n’ont pas toujours le courage de briser le silence ou de dénoncer leurs bourreaux. Dans une contribution publiée sur la toile, une jeune maman a exprimé son désarroi suite au durcissement de la répression de l’homosexualité dans notre pays. Elle estime que le démantèlement récent de réseaux pédocriminels aurait dû servir de levier pour renforcer la lutte contre la pédophilie et la protection de l’enfance. « La pédophilie est un crime grave qui doit être combattu sans aucune ambiguïté », souligne-t-elle. Pour cette dame, comme pour tant d’autres parents, l’orientation sexuelle du prédateur importe peu : le crime ne doit pas rester impuni. La vulnérabilité de l’enfant doit être au cœur de la loi. Ce cri du cœur résonne tristement face à un mal qui gangrène la société sénégalaise.
Dans son édition du lundi 16 mars 2026, le journal L’Observateur a publié des récits glaçants issus d’une enquête de la police de Jaxaay : neuf garçons, âgés de seulement 7 à 10 ans, ont été identifiés comme victimes présumées d’un individu nommé Evans Aboutsi. Une mère raconte avoir retrouvé son fils et ses camarades dans l’appartement de l’inconnu après de longues recherches : « Nous avons frappé. Il a ouvert. Nous avons alors vu nos enfants assis sur ses genoux. Mon fils avait la culotte baissée… Certains étaient occupés à jouer à la PlayStation. » Si une mince lueur d’espoir a scintillé pour ces familles en apprenant que les tests n’avaient révélé aucune infection sexuellement transmissible, le traumatisme psychologique, lui, est bien réel. Trop souvent, préoccupés par la survie quotidienne et le coût élevé de la vie, les parents ne détectent pas les signes de détresse chez leurs enfants. Pourtant, les spécialistes sont formels : certains indices ne trompent pas. Un enfant autrefois jovial peut devenir soudainement taciturne, triste ou s’isoler. À l’inverse, un autre peut manifester une hypersexualisation, avec des propos ou des gestes inadaptés à son âge. Selon des spécialistes de la santé mentale, ce signal d’alarme peut dériver, à l’adolescence, vers des conduites addictives ou l’autodestruction. Si la guérison nécessite un accompagnement pluridisciplinaire, les enfants talibés, selon les experts, demeurent des proies faciles. Marginalisés, ils subissent une forme d’anesthésie sociale. La société ferme les yeux sur leur vulnérabilité et leurs souffrances.
Peu de mesures concrètes sont prises pour les sortir de cet enfer. Leur parcours d’apprentissage spirituel et éducatif au sein des « daaras » s’est parfois mué en une descente aux enfers. Ces enfants, errant dans les rues jusqu’à des heures tardives sans aucune protection, restent des cibles idéales pour les prédateurs. Les médias dénoncent et interpellent, mais le sort de ces enfants, dont le corps est marqué de cicatrices, semble n’être « l’affaire de personne ». D’autres voix s’élèvent contre la non-application des lois contre la mendicité forcée et la maltraitance, mais le statu quo demeure. L’humanisme le plus élémentaire voudrait que la société se réveille et agisse ; que les organisations de défense des droits des enfants jouent pleinement leur partition et que la pédocriminalité soit hissée au rang des priorités nationales, avec des peines véritablement dissuasives. En attendant, des gestes simples et gratuits peuvent avoir un impact. Il s’agit simplement, selon les spécialistes, de prêter attention aux enfants, de les écouter, de leur apprendre que leur corps n’est pas un jouet et que leur parole doit être libérée pour être protégée.
matel.bocoum@lesoleil.sn


