30 décembre 2025 à l’École nationale d’administration (Ena) de Dakar. L’ensemble des gouverneurs, préfets et quelques sous-préfets du Sénégal sont conviés à un séminaire de partage par leur tutelle. Au-delà d’être un grand moment de retrouvailles pour d’anciens camarades de promotion, cette rencontre est un retour aux sources, dans ce prestigieux établissement où ils ont été formés, avant de servir dans les différentes localités du pays.
À l’heure du déjeuner, en partageant la même table avec certains d’entre eux, chacun raconte ses galères au début. L’un d’eux, sous-préfet, ayant servi à Fongolembi, près de la frontière avec la Guinée confie : « En rejoignant mon poste d’affectation, j’ai failli rebrousser chemin. À plusieurs reprises, le véhicule qui tentait de monter un chemin montagneux a failli se renverser. C’était vraiment l’autre bout du monde », confie ce sous-préfet. Son vis-à-vis, préfet dans un département, partage ses premiers jours dans une localité où, il était confronté à une chaleur torride. Ce fut ainsi durant tout le repas, ponctué d’éclats de rire et d’anecdotes à couper le souffle. Seulement, ils sont conscients de la mission sacerdotale qu’ils accomplissent tous les jours, en choisissant de travailler pour leur pays. Dans nos régions et départements, les gouvernances, préfectures et autres sous-préfectures évoluent dans des cadres de travail inadaptés. Sur certains de ces bâtiments, l’enseigne est à peine visible, sur d’autres, les locaux sont dégradés et le cadre de travail laisse à désirer.
Il n’est pas étonnant de voir à l’intérieur du pays des sous-préfectures où les moutons et les chèvres du village viennent paître à longueur de journée. Les Gouverneurs et Préfets sont aujourd’hui, conscients de cet état de fait qui écorne l’image de l’État qu’ils sont censés représenter dans nos territoires. « La vétusté avancée des bâtiments abritant de nombreuses gouvernances, préfectures et sous-préfectures, sous inadaptés aux normes minimales du service public, ce qui affecte la dignité de l’accueil, les conditions de travail et l’image de l’État dans les territoires », lit-on dans le diagnostic du Plan stratégique de l’administration territoriale 2025-2029, validé le 12 février dernier par le chef de l’État.
Ce cadre de travail dégradé impacte parfois sur la qualité de service. L’insuffisance de moyens financiers, retard dans la digitalisation, l’absence de communication, etc., sont d’autres points de faiblesse notés au sein de l’administration territoriale. Dans plusieurs localités du pays, l’état de nos édifices publics ne reflète guère la qualité des hommes et des femmes qui y travaillent. Aujourd’hui, les responsables veulent changer la donne d’ici les cinq prochaines années. « À l’horizon 2029, bâtir une administration territoriale moderne, performante, accessible et de proximité », telle est la vision du plan stratégique chiffré qui a été proposé par le Directeur général de l’administration territoriale, William Manel et son équipe.
Mieux vaut tard que jamais. Car l’administration territoriale sénégalaise est dotée d’une expertise reconnue. Implantée solidement un peu partout dans le pays, l’administration territoriale accompagne toujours la politique étatique. Abdou Diouf, Thierno Birahim Ndao, Mame Birame Sarr, Léopold Wade, Saliou Sambou encore Viviane Laure Bampassy, etc., sont des gouverneurs qui ont marqué leur passage dans l’administration territoriale. Ils ont contribué à implanter les services de l’État dans les localités les plus éloignées du pays. Seulement, il faut reconnaître que leurs cadets ne bénéficient pas de jours meilleurs. Mais en tant que commis de l’État, ils partagent dignement leurs galères.
maguette.ndong@lesoleil.sn


